Lorsqu’en 1977 débarque l’album Bat Out of Hell, le monde pop-rock découvre une sorte de geste œcuménique qui réalise l’improbable synthèse du hard rock, du rock progressif, de la pop et de la comédie musicale. Et le miracle fonctionne !
Tout le monde aime cet album de Meat Loaf. À l’époque, je l’ai entendu dans toutes les discothèques, toutes les surprises-parties, tous les supermarchés et sur toutes les radios, malgré la longueur parfois déraisonnable de certains morceaux. Il faut dire qu’entre Bruce Springsteen, Queen et une comédie musicale de Broadway qui aurait poussé les amplis à onze, Bat Out of Hell ne ressemblait à rien d’autre.
Cela aurait pu rester un acte isolé, comme il en arrive parfois lorsqu’un premier disque est trop parfait pour avoir une descendance. Eh bien non ! Et la playlist #1Lp1Track est justement là pour le rappeler.
Il y a d’abord la trilogie des Bat Out of Hell (1977, 1993 et 2006), indissociable de Jim Steinman, compositeur et véritable architecte de cet univers musical démesuré. Leur relation sera parfois douce-amère, mais quelle association ! Steinman écrit des chansons qui ignorent les règles habituelles de la pop : introductions interminables, changements de rythme, refrains tonitruants et histoires à rebondissements. Meat Loaf leur donne vie avec une intensité théâtrale incomparable. Le troisième volet sera toutefois réalisé sans la participation directe de Steinman, même si plusieurs de ses compositions y figurent.
Des albums quelque part entre la comédie musicale, le concept album et un recueil de recettes pour fabriquer des tubes planétaires comme « Bat Out of Hell » ou « I’d Do Anything for Love ». Sans oublier « Read ‘Em and Weep », extrait de Dead Ringer, qui rappelle que la réussite de Meat Loaf dépasse largement cette trilogie.
Meat Loaf est avant tout un interprète, mais quel interprète ! Son talent vocal lui ouvre des perspectives de collaborations infinies. Tout le monde semble avoir écrit, joué ou chanté pour lui : des musiciens de l’E Street Band de Bruce Springsteen, Todd Rundgren, Steve Hunter, Brian May, Cher, Roger Daltrey… La liste est juste dingue et les courants musicaux y sont représentés comme dans un congrès socialiste des années 80 ! Ses débuts dans la comédie musicale Hair l’ont sans doute convaincu très tôt des vertus du collectif.
Mais revenons à la playlist #1Lp1Track qui commence par deux titres Rythm’n’Blues pour rappeler que la célèbre Motown fut la première compagnie à croire au talent de Meat Loaf associé avec la chanteuse Stoney qui ouvre la liste des nombreuses chanteuses qui accompagneront Meat Loaf.
La suite est évidemment rythmée par de nombreuses ballades comme « Heaven Can Wait », « Surf’s Up », « Blind as a Bat » ou « I’d Lie for You ». Des ballades à la Meat Loaf, bien entendu, qui commencent parfois comme une déclaration d’amour pour se terminer comme si le sort de l’humanité en dépendait !
Dans sa boutique, Meat Loaf est aussi capable de vous servir du rock contestataire avec « Life Is a Lemon », une bonne dose de testostérone avec « Masculine » ou encore une critique surprenante de l’industrie musicale avec « Rock ‘n’ Roll Mercenaries », qui égratigne les requins de studio et les mercenaires du rock peuplant pourtant son propre univers musical.
Meat Loaf était une sorte d’OVNI dans le paysage pop-rock. Un physique de brute épaisse, une silhouette improbable et un surnom — littéralement « pain de viande » — qui semblaient le destiner davantage à une carrière dans la restauration qu’aux sommets des hit-parades. On était loin des crinières soigneusement entretenues des Robert Plant et David Coverdale !
Mais dès qu’il ouvrait la bouche, tout changeait. Une voix de ténor, puissante et expressive, capable de passer de la confidence au hurlement, de la tendresse à la fureur. Une voix qui se mariait merveilleusement avec d’autres, notamment dans ces duos qui ressemblaient davantage à des scènes de théâtre qu’à de simples chansons.
Meat Loaf en faisait trop. Trop de guitares, trop de piano, trop de chœurs, trop de sentiments, trop de décibels et trop de minutes par chanson. Mais c’était justement ce qui faisait son charme ! Voilà donc une playlist #1Lp1Track dont l’écoute devrait, une fois n’est pas coutume, faire l’unanimité. Et si certains trouvent que Meat Loaf en fait trop…Qu’ils baissent le volume !
#1Lp1Track
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