Fin des années 70, la France libérale vaguement héritière du gaulisme agonise sous les diamants de Bokassa. Tonton, sa vague rose et son Programe Commun loupent encore le coche des Législatives. La crise du pétrole de 73 dégomme un par un les fleurons de l’industrie française. Les secousses de Mai 68 font bouger les lignes et apportent d’autres contradictions à la société. Le chômage grimpe en flèche ! Bref c’est la fin des 30 glorieuses !! La pop-music remplace la variété, le rock un moment tenté par les paillettes du Glam prend une grande claque avec la vague Punk ! Et nous petits français tentons, avec notre niveau d’anglais de fond de cale, de suivre et de comprendre des groupes qui manient la langue de Shakespear.
Un vrai bordel culturel entre « Salut les copains » et « Rock & Folk », entre Guy Lux au sommet de son art et Antoine de Caunes « fils de » émergeant à la télévision. Dans cette anarchie générale, Trust et Téléphone vont faire claquer un terrible coup de tonnerre en imposant la langue de Molière au Rock le plus dur. Certains avaient tenté le mariage comme les Martin Circus, Eddy Mitchell et ses Chaussettes noires ou la génération yéyé et ses innombrables reprises mais comme le dit Mathieu Chedid, nous avions « le complexe du Cornflakes ». Heureusement Trust (et Téléphone) arrivent et ça change tout.
Trust est un pur produit de l’idéal anarchiste : « être pour ce qui est contre et contre ce qui est pour ». Tout le monde en prend plein les gencives la gauche, la droite, la religion, les syndicats, la police, les bourgeois, les dandys… bref tout ce qui peut symboliser un système qu’il faut renverser. Utopiste bien sûr mais propager ces idées sur les têtes adolescentes de la ‘bof’ génération a pour effet de mettre le feu au poudre !
Les deux premiers albums sont devenus des standards qui ont marqué toute une génértaion et des titres comme « L’élite » (qui ouvre la playlist #1Lp1Track de Trust), « Antisocial », « Bosser huite heures » ou « Préfabriqués » resteront à jamais gravés dans la mémoire, même 50 ans plus tard ! Bernie Bonvoisin aux textes et au chant et Norbert Krieff à la guitare de feu ont une inspiration foisonnante qui leur permet d’arroser tous les sujets et tous les styles d’un Hard Rock trivial inspiré des Punk et de AC/DC.
Ensuite ? Ben ensuite, quand les ados grandissent, qu’il deviennent des adutes responsables poussant un caddie chez Carrefour, le samedi après-midi, rempli des couches du dernier né, la révolution s’éloigne, l’envie de renverser la table s’estompe. Trust continue ses tournées et de produire des albums dont certains en anglais pour conquérir un nouveau public grâce notamment à la bienveillance de Bon Scott chanteur d’AC/DC qui disparaitra tragiquement trop tôt pendant la préparation à Londres de l’album « Savage » auquel il contribuait (écouter le titre hommage « Ton dernier acte »). Le phénomène Trust durera en gros 5 ans de 79 à 84 avant que Bernie Bonvoisin se tourne vers le cinéma et que Norbert Krieff devienne le guitariste attitré de Johnny Hallyday. La révolution prend des vacances
etite curiosité de l’histoire du personnel de Trust, le batteur Nicko McBrain passe par Trust avant de rejoindre Iron Maiden, tandis que Clive Burr effectue le chemin inverse. Comme quoi, le rock est parfois un petit monde !
Trust se reforme à plusieurs reprises, dès la fin des années 80, puis retrouve régulièrement la scène et les studios au fil des décennies, pour le plus grand plaisir de ses premiers fans, sans devenir pour autant un groupe transgénérationnel comme le sera Téléphone. Les textes sont toujours contestataires mais sentent plus la réflexion, sont moins à fleur de peau, plus cortiqués moins viscéraux. « Serre les poings » a même des odeurs de Hard FM pour la radio quand « Tout ce qui nous sépare » sur la peur de l’autre a des accents d’AC/DC.
Réécouter les premiers morceaux de Trust en 2026 c’est se replonger dans une époque (« Palace », « Le Mitar ») ou découvrir au passage des propos prémonitoires (« Monsieur Comédie ») comme peut-être va le devenir le récent « On va prendre cher ».
Les crises succèdent aux crises, les puissants restent puissants, les colères changent de visage et les nouvelles générations découvrent à leur tour qu’il n’est pas toujours facile de faire bouger le système. Alors oui, réécouter Trust, c’est aussi ne pas renier ce que nous avons été même si de l’eau a coulé sous la Seine, même si le monde n’est pas le même, même si finalement on est passé du côté du…système. Et là, Bernie, tu peux toujours nous traiter d’antisociaux !
#1Lp1Track
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