S8 – De l’instinct à l’homme augmenté ou l’épopée de la Data à travers les âges

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Saison 8 – L’ère de la Data consciente

Résumé des saisons précédentes

Si vous voulez commencer par le début pour la saison 1 c’est ici !

Récapitulons – la saison 7 (c’est ici) clôturait la série « De l’instinct à l’homme augmenté ou l’épopée de la Data à travers les âges » avec les avancées technologiques essentielles comme le Big Data, le cloud, le Web 2.0 ou les objets connectés qui ont amenée l’humanité dans l’ère encore balbutiante de l’Intelligence Artificielle. « Clôturait » ai-je dit ? Ecrit en 2019, il faut reconnaitre, 7 ans plus tard, que l’épopée de la Data continue et que les avancées méritent une saison 8. Et l’erreur ne sera pas reproduite de considérer que ce sera la dernière !!

Episode 1 : le COVID ou l’avènement de la Data

Mars 2020 restera marqué dans l’histoire de l’humanité. Les peuples se confinent. Le nouveau fléau s’appelle CORONAVirus, COVID pour les intimes. Le progrès est pris de court par le monde invisible des bactéries et des virus. La faucheuse est généreuse avec les personnes de santé fragile. Les gouvernements sont désemparés et parent au plus pressé en enfermant tout le monde. Les experts, les spécialistes légitimes et farfelus, les journalistes, les chroniqueurs, les hommes et les femmes de la rue, tous nous avons notre avis sur la question… Et pendant que chacun suit au quotidien le détail des informations en applaudissant à 20h00 les infirmières, une course contre la montre est lancée pour trouver le vaccin qui renverra le COVID dans la bibliothèque des bactéries domptées par la médecine !

Nous ne sommes plus au temps de Louis Pasteur. Nous disposons maintenant d’une intelligence collective à condition de mettre en synergie toutes les bonnes volontés. Et dans cette course-poursuite contre le virus, la Data a été centrale dans la mise au point du vaccin ARN-messager : pour le séquençage du virus, par la mise en œuvre d’optimisation de la formulation sur des « super » calculateurs, pour l’accélération des tests R&D chez les fabricants, par la collecte rapide d’essais cliniques massifs avec usage de modèles de machine learning pour fiabiliser les résultats. Une fois le vaccin prêt, la Data a aussi servi à alimenter des modèles prédictifs pour produire et distribuer des milliards de dose à travers le monde avec des conditions de transports sous contrôle d’IOT pour vérifier la chaîne du froid. Enfin, après la recul du COVID grâce au vaccin, la Data reste très utilisé dans les systèmes de pharmacovigilance et dans la générations des vaccins ARNmessager futur.

La Data n’est plus cantonnée dans son rôles de pourvoyeur d’information. Elle est devenue une « infrastructure » de la découverte qui a permis de passer du séquençage d’un virus inconnu à l’injection d’un virus efficace dans un délai sans précédent. La Data a enfin obtenu ses lettres de noblesse !

Episode 2 : la data s’émancipe

Le scénario suivant est-il une anticipation ou le reflet d’un présent installé ? A vous de voir !

« 6h42. La fonction alarme du téléphone de Julien émet une musique zen minérale. L’heure et la musique ne sont pas préprogrammés ou le fruit du hasard mais bien le résultat d’une décision prise par l’Intelligence Artificielle qui a analysé la qualité du sommeil de Julien, son humeur, son agenda, les conditions de circulation et a fixé le meilleur moment pour le réveil de Julien. En ouvrant les yeux Julien constate que le chauffage a été ajusté, que le café est en train de couler et que son premier rendez-vous de la journée a été décalé de 12 minutes. Des décisions ont été prises sans le consulter ce qui ne l’étonne plus. »

Alors cette vision est-elle une anticipation ? Pas sûr car les systèmes sont en pleine évolution. Avant ils attendaient des instructions, maintenant ils anticipent, ils apprennent et ils décident. La Data qui était historiquement le produit d’un traitement devient elle-même génératrice de traitement ! Une inversion du rapport en quelque sorte !

Continuons l’exploration des conséquences d’une Data qui prend des libertés : « Dans la rue, la circulation est fluide. Trop fluide pour être le fruit du hasard. Les feux tricolores ne suivent plus de cycles fixes. Ils s’adaptent en temps réel pendant que les voitures échangent des données entre elles et que les itinéraires se redessinent à chaque seconde. Personne ne pilote vraiment. Ou plutôt… tout le monde pilote, sans le savoir. La panne d’électricité de San Francisco début 2026 souligne la fragilité d’un tel modèle quand les voitures autonomes ont été incapables de prendre la moindre décision suite à l’arrêt des feux tricolores aux carrefours, créant des embouteillages monstres mais le progrès ne se fait pas en un jour.

Revenons à Julien qui reçoit une notification : “Nous avons optimisé votre journée.” Il sourit. Il ne se souvient pas avoir demandé une optimisation. Pourtant, au bureau, une réunion a disparu de son agenda. Supprimée. Jugée inutile par le système. À la place, un temps de travail “profond” a été inséré. L’augmentation de la productivité estimée s’affiche à +18% sur l’agenda de Julien. Il hésite une seconde. Puis il accepte. Comme toujours ou presque… Refuser est toujours une option. Ce n’est pas interdit mais devient compliqué car la suggestion est plutôt logique. Alors pourquoi s’opposer à quelque chose qui fonctionne mieux que vous ?  » En devenant libre, la Data passera d’influenceuse à prescriptrice puis décideuse !

On peut d’ailleurs relever déjà aujourd’hui que par exemple la décision d’accorder ou de refuser un crédit est souvent prise par un modèle pas par un humain ! Si la Data ne fera demain qu’améliorer ou renforcer le modèle en intégrant les données sur les habitudes de consommation, les microretards passés, l’activité sur les réseaux sociaux, etc…, la question du pilotage par un humain deviendra cruciale.

Au retour du son travail, Julien, qui marche seul, n’est pas passif pour autant. Son téléphone, sa montre, sa voiture tout capte, tout analyse, tout ajuste. Une fois chez lui sa domotique prend le relai. Un écosystème invisible mais « vivant ». Une pensée étrange traverse l’esprit de Julien : “Et si la Data n’était plus seulement un outil ?”

Pendant des siècles, l’humain a créé des données pour comprendre le monde; puis il a créé des machines pour les exploiter et ensuite des intelligences pour les interpréter. Mais aujourd’hui, la Data circule seule. Elle se nourrit d’elle-même, déclenche des actions et prend même des décisions. Sans attendre. Sans demander.

Julien regarde le ciel. Aucun signe. Rien d’extraordinaire. Et pourtant, quelque chose a changé. Ce n’est pas une révolution visible. Pas une rupture brutale. C’est une bascule silencieuse. Le moment précis où la Data cesse d’être passive et commence à agir…seule !

Episode 3 : quand l’IA devient grand public

Avant 2022, on s’autorisait dans les milieux autorisés à parler de l’IA générative, des milieux autorisés constitués de spécialistes utilisant des versions plus ou moins abouties d’IA génératives comme GPT-2/3 ou DALL-E pour les images.

Mais un véritable tournant s’opère avec ChatGPT, rejoint plus tard par les Méta, Claude, Copilot etc… Tout humain lambda peut, grâce à une interface simple, interagir avec une IA ! Bien sûr les premiers prompts sont timides, les premiers usages ressemblent à ceux effectués sur un moteur de recherche. Mais la nature de l’interaction et de la réponse étonne. Là où un moteur de recherche facilitait l’accès à une information qu’il fallait quand même aller chercher soi-même, ChatGPT analyse le résultat, vous propose une explication ou une synthèse et surtout relance la discussion sur des orientations verticales (plus de détails sur un sujet) ou horizontales (information sur des sujets connexes).

Cette IA générative enthousiasme ou inquiète. Elle indiffère ceux qui ne se sont pas encore frottés à elle mais souvent elle convainc dès les premiers usages grâce à la puissance des Datas mise à disposition sur le WEB depuis des dizaines d’années par des milliards d’utilisateurs.

Bien sûr de nombreux risques existent dans l’usage de l’IA générative surtout lorsqu’elle est interrogée sur des sujets d’opinion, de croyance, de choix ou lorsqu’elle est utilisée par des personnes peu formées et informées sur les limites dans l’usage de l’IA. L’IA en générale, et l’IA générative en particulier, ne fait que connaitre les vicissitudes de tout progrès mis à disposition des humains alors que tous les effets pervers ne sont pas encore identifiés. Mais la question aujourd’hui n’est pas de savoir si l’IA doit exister ou pas, mais plutôt de s’adapter à une IA qui devient incontournable. Et l’IA générative est le meilleur moyen d’apprendre, de comprendre l’intérêt et de s’adapter à ce nouveau progrès.

Episode 4 : séance de crIAtivité

Partant du prompt ChatGPT : « Peux-tu me faire un dessin d’Astérix et Obélix selon le style de Van Gogh ? », l’IA nous génère une image que Van Gogh lui-même aurait pu peindre dans une revue de bandes dessinées pour mettre un peu de beurre dans ses épinards.

Partant du prompt ChatGPT : « écris moi sur le modèle de la symphonie des fromages de Zola dans le livre « Le ventre de paris », une symphonie sur les fleurs dans un jardin », l’IA génère une première version tout à fait en ligne avec la demande qui contient des passages comme « Les bleuets apportaient leurs notes d’azur, tandis que les coquelicots lançaient leurs éclairs écarlates comme des coups de cymbales au milieu du vert tendre. » Et pour aller plus loin, ChatGPT te propose un texte qui pourrait être encore davantage « zolisé » et le passage précédent est bonifié en « Les bleuets jetaient leurs éclats d’azur. Les coquelicots, froissés comme du papier de soie, ouvraient çà et là des blessures écarlates dans le tapis vert des pelouses. »

Est-ce de la créativité ? Tout dépend du sens que chacun donne au mot. Si comme il est indiqué dans le Larousse, la créativité est la capacité, la faculté d’invention, d’imagination, nous rebondissons sur les notions d’invention et d’imagination. Dans les exemples précédents et finalement dans les usages de l’IA pour générer des textes de fiction, des dessins ou de la musique comme avec SUNO, chaque résultat sort bien de l’imagination de l’homme qui pose les prompts et le résultat est bien une invention au sens qu’il n’existait pas avant. L’IA peut être vue comme un outil, ou, je préfère, un partenaire qui s’exécute aux orientations artistiques de l’homme en s’appuyant sur un océan infini de Data collectées depuis la nuit des temps numériques.

Pourtant, en 2026, la réticence à l’usage de l’IA est importante dans le milieu culturel et artistique qui ne voit dans l’usage de l’IA que la réplication à l’infini de modèles identiques. Le risque existe. Il suffit d’ailleurs d’écouter sur les plateformes musicales comme SPOTIFY les nouveautés pour constater que tout ce ressemble. Ce n’est pas propre à l’IA. De tout temps, des artistes avant-gardistes on ouvert de nouvelles voies dans lesquelles s’engouffrent la multitude de suiveurs. L’IA ne fait qu’accélérer et amplifier le phénomène.

Néanmoins, la question de l’intégration de l’IA dans le processus créatif n’est plus une option. L’angoisse de la feuille blanche va devenir un mythe. L’IA devient, comme la photographie par exemple, un outil qui transforme l’acte créatif.

Dans quelques siècles un oracle dira : « Pendant des millénaires, l’homme a créé des outils pour produire davantage. Puis il a créé un outil capable de produire des idées. Et ce jour-là, il ne sut plus très bien si l’inspiration venait de lui…ou de sa création. »

Et demain nous ne parlerons plus de créativité mais de crIAtivité !

Episode 5 : la Data a sa religion

En ce XXIIème siècle, les nouveaux temples n’ont ni clocher, ni vitraux, ni statues, ni encens, ni bougies. Pourtant, chaque matin, des milliards de fidèles s’y rendent sans bouger, virtuellement. Julien aussi, comme tout le monde, avant même d’ouvrir les yeux, consulte son téléphone, le debrief de son sommeil, ses données médicales comme son rythme cardiaque, le bulletin météo des prochaines 48H, les actualités choisies selon son historique et ses centres d’intérêt. Les messages, enfin, que l’algorithme a trié par priorité et par thème.

Chaque jour, Juilien suit, on pourrait même dire, obéit aux injonctions de la Data sans même s’en rendre compte. Pourtant, ce matin-là, alors qu’il faisait défiler son écran, une question étrange surgit dans la tête de Julien : « À quel moment ai-je commencé à croire les données plus que mon propre jugement ? »

Cette question le poursuivit toute la journée comme ces ritournelles diffusées en boucle pour justement se vriller dans votre cerveau. Au bureau, une décision importante doit être prise. Deux projets s’affrontent. L’un est prometteur et poussé par une équipe d’hommes et de femmes convaincus. L’autre est recommandé par l’algorithme sur la base d’indicateurs pour évaluer les risques. Personne ne discute longtemps car les chiffres ont parlé et le projet recommandé est choisi dans un silence de cathédrale.

Personne ne proteste. Après tout, les données ne se trompent pas. Du moins, c’est ce que tout le monde semble croire et cela fait des années qu’il en est ainsi. Mais, le soir venu, Julien se plonge dans ses recherches. Il découvre un mot, étrange, inusité, oublié : le Dataïsme.

L’idée avait émergé au début du XXIe siècle. Quelques penseurs avaient commencé à observer un phénomène inattendu : l’humanité semblait progressivement transférer son autorité à des modèles cognitifs propulsés par des logiciels qualifiés d’IA.

Pendant des siècles, les hommes, dans le besoin ancestral de transcender le réel pour trouver la vérité ou du moins une vérité qui rendrait l’idée de vie et de mort acceptable, s’étaient reposés sur la religion et un Dieu polymorphe selon la région du globe ; puis avec l’évolution des sciences une idée plus humaniste où le progrès soignerait de tous les maux est venue, non pas remplacer mais se superposer aux religions.

Au début du troisième millénaire, l’homme ou du moins certains hommes, ont pensé que le secret du monde se trouvait dans les données ! C’était la religion de la Data : le Dataïsme. « Que disent les données ? » la formule d’apperence anodine, déplacait les lignes et changeait tout car la donnée devint peu à peu l’arbitre suprême. A des problèmes comme Que manger ? Que regarder ? Qui fréquenter ? Quel trajet emprunter ? Quel candidat recruter ? Quel patient soigner ? Quel crédit accorder ? la Data permettait de donner une solution contextualisée selon les besoins du demandeur.

Et plus les systèmes devenaient performants, plus les humains leur faisaient confiance. Yuval Noah Harari, écrivain à la mode, devint le chantre de cette nouvelle vision du monde avec son livre « Homo Deus » où le Dataïsme règle cette idéologie dans laquelle la circulation de l’information deviendrait la valeur suprême.

Aujourd’hui, pour Julien, cette idée est aussi fascinante qu’inquiétante car toute religion possède ses croyances et ses dogmes et le Dataïsme n’y échappe pas avec ces trois règles :

  1. Plus il y a de données, meilleure est la décision.
  2. Tout peut être mesuré.
  3. Ce qui ne produit pas de données finit par devenir invisible.

Julien en refermant son ordinateur sur cette dernière assertion est particuièrement troublé. Mais que deviennent dans ce nouveau paradigme du Dataïsme l’amour, l’intuition, le doute, la poésie… Difficiles de mettre en boîte des sentiments et de les réduire à des flux d’information et cela ne les rend pas invisibles pour autant ?

Pendant que la nuit tombe, la ville brille de millions de signaux, capteurs, smartphones, caméras, serveurs se mettent en marche pour former une immense cathédrale numérique. Une cathédrale sans prêtres, sans dieux, un cathédrale aux murs virtuels pleine de croyants convaincus. Le Dataïsme n’est pas une religion au sens traditionnel. Ses rites se consruisent sur nos habitudes, notre confiance au système voire une délégation progressive de notre libre arbitre…

Pendant des millénaires, les hommes ont cherché les réponses dans les étoiles, puis dans les livres, puis dans les laboratoires et, maintenant, dans les données. Julien, pour la première fois, se demande : « Lorsque l’algorithme sait presque tout de moi, suis-je encore libre de lui désobéir ? »

Episode 6 : peut-on vivre sans Data ?

Pendant des millénaires, l’humanité n’a eu besoin que de quelques ressources essentielles : l’eau, la nourriture, un abri. Puis sont venus le feu, les outils, l’écriture, l’énergie, l’électricité, les télécommunications, Internet… Chaque progrès n’a pas remplacé le précédent ; il est venu s’ajouter à la liste de ce qui devenait progressivement indispensable. Ces ressources essentielles sont devenues indispensables, certes, mais à quel titre ? Une ressource devient indispensable à partir du moment où sa disparition soudaine fait reculer le progrès et la société.

Il est utile de remarquer d’ailleurs que la liste des indispensables augmente avec l’évolution de la société. Les sociétés les moins développées au XXIème siècle ne dépendent pas vraiment encore d’Internet et parfois même, dans de rares cas comme Les Sentinelles des iles Andaman, de l’électricté. Néanmoins la majorité de la planète a vécu les progrès et notamment ceux d’internet et de la Data. Certains pays ont même réussi des bonds technologiques comme l’Afrique qui, en adoptant rapidement le téléphone portable, a pu s’économiser l’installation de milliers de kilomètres de lignes téléphoniques.

La Data est donc maintenant déployée et utilisée partout. Mais peut-on dire qu’elle est devenue indispensable ? Pour s’en convaincre, il suffit d’imaginer un énorme « shut down » qui priverait le monde de l’usage des données, qui ramènerait l’usage du smartphone, véritable extension de notre mémoire avec nos contacts, nos photos, nos mots de passe…, à celui d’un simple téléphone pour appeler et recevoir des appels. Quelles seraient les conséquences immédiates ? Premier écueil : qui connait les numéros de téléphones de son annuaire y compris de ses proches ? On connait le notre car on nous le demande souvent mais pour le reste on laisse le smartphone se débrouiller… Deuxième effet, il faut ressortir des objets tombés dans les oubliettes de la modernisation comme les calculatrices ou les cartes routières. Troisème répercussion de l’absence de Data, une désorganisation massive serait constatée sur des processus devenus vitaux comme la circulation de la monnaie, le gestion des magasins d’alimentation ou le fonctionnement des organismes de santé avec des hôpitaux incapables de fonctionner et des médecins et chirurgiens incapables de diagnostiquer et d’opérer. Le déclenchement des procédures en mode dégradé serait un cauchemard pour tous les employés et les managers.

Les plus résilients dans ce monde de chaos sans Data seraient les personnes capables de calculer de tête, de lire des notices, d’avoir le sens de l’orientation. En résumé toutes les personnes qui ont à la fois la maitrise des fondamentaux et du bon sens pratique.

Contrairement à l’électricité, la Data est une infrastructure invisible. Nous n’appuyons jamais sur un interrupteur « Data ». Pourtant, elle irrigue désormais la banque, les transports, les communications, la santé, l’industrie, la recherche scientifique, l’agriculture, les administrations et, de plus en plus, l’intelligence artificielle. Son invisibilité explique sans doute pourquoi nous sous-estimons encore son importance.

La Data, si elle n’est pas complètement indispensable en 2026, peut le devenir si l’humain abandonne en quelques décénnies à la Data ce qu’il a mis des millénaires à appendre comme savoir se repérer, avoir de la mémoire et se souvenir, pouvoir calculer, rencontrer et collaborer avec d’autres humains et surtout être en capacité de choisir et de décider. Si la Data n’était plus aujourd’hui seulement un outil, elle ne doit pas devenir une prothèse de l’esprit car une prothèse est faite pour compenser une faiblesse, pas pour remplacer définitivement une capacité humaine.

Episode 7 : la guerre de la Data

Pendant des millénaires, les hommes se sont battus pour la terre car posséder un territoire, c’était posséder les récoltes, les ressources et les compétences et le potentiel des hommes et des femmes qui y vivaient. Puis les grandes puissances sont entrer en conflit sur les mers pour contrôler les routes maritimes afin d’être les maitres du commerce et de construire des empires autour des ports et des détroits.

Au XIXe siècle, le charbon est devenu le moteur de la révolution industrielle, relay au XXe siècle, par le pétrole. L’énergie fossile est devenue source de conflits, d’alliances qui ont eu des conséquences sur le dessin des frontières qui se sont dessinées autour de ses nouvelles richesses avec des consséquences qui remuent encore le monde aujourd’hui.

Chaque époque a sa ressource stratégique qui polarise l’activité humaine et produit guerres, malheurs mais aussi progrès. Le XXIe siècle semble n’échappe pas à la règle mais sa ressource stratégique est différente. Elle est invisible, virtuelle presque immatérielle. Elle traverse l’espace et les océans à la vitesse de la lumière sans nécesssiter de remplir les cales d’un navire ou les soutes d’un avion. Pourtant, les plus grandes puissances mondiales investissent aujourd’hui des centaines de milliards pour la produire, la stocker, la protéger et surtout… l’exploiter. Cette ressource c’est la Data !

Partant de ce constat, la guerre de la Data devient inévitable. Mais c’est une guerre qui ne ressemble à aucune autre. Les États ne cherchent plus seulement à contrôler des territoires,ils cherchent également à maîtriser les informations qui circulent sur ces territoires. Les entreprises, jusqu’alors en retrait dans les conflits, deviennent des actrices majeures de cette compétition quand elles possèdent, pour certaines, davantage de données sur des milliards d’individus que n’en possèdent certains gouvernements sur leur propre population.

Plusieurs batailles caractérisent la guerre de la Data. La première bataille est celle de la collecte. EN effet, chaque recherche sur Internet, chaque trajet en voiture, chaque paiement par carte bancaire, chaque vidéo regardée, chaque objet connecté produit une nouvelle donnée qui individuellement, peut paraître insignifiantes mais qui collectée en masse peut donner des informations essenyielle sur nos habitudes, nos comportements, nos préférences et parfois même nos intentions.

La deuxième bataille est beaucoup moins connue. Si les données sont invisibles et immatérielles, elle ne circulent ou ne sont pas stockées pas dans un concept éthéré. Elles empruntent des milliers de kilomètres câbles sous-marins, transitent par des centres de données gigantesques et, de plus en plus, par des constellations de satellites que l’ont voit briller au dessus de nos têtes la nuit. Les routes commerciales des siècles passés trouvent aujourd’hui leur équivalent numérique ! Ainsi, contrôler ces infrastructures, c’est contrôler une la circulation mondiale de l’information.

Mais posséder des données ne suffit pas encore faut-il pouvoir les exploiter. C’est pourquoi une troisième bataille s’est engagée : celle de la puissance de calcul. L’intelligence artificielle, les simulations scientifiques, les prévisions météorologiques ou la recherche médicale nécessitent des capacités de calcul colossales. Les processeurs spécialisés, les centres de données et l’énergie nécessaire à leur fonctionnement sont devenus des ressources stratégiques. Les métaux rares et les semi-conducteurs sont aujourd’hui à l’économie numérique ce que l’acier fut à l’industrie lourde.

Enfin, une quatrième bataille est apparue : celle de la souveraineté. Où sont stockées nos données ? Qui les protège ? Sous quelles lois sont-elles utilisées ? Ces questions, qui semblaient relever de la technique il y a encore quelques années, sont devenues des enjeux politiques majeurs. Les États cherchent désormais à préserver leur autonomie numérique comme ils protègent leurs frontières, leur monnaie ou leurs ressources énergétiques. L’Europe l’a bien compris avec le RGPD (Réglement Général sur la Protection des Données) sûrement imparfait mais qui a au moins le mérite d’exister et d’afficher la prise de conscience du sujet de la gouvernance par les eutopéens.

La guerre de la Data n’est donc pas une guerre au sens traditionnel car les armes utilisées ne sont pas directement létales. Elles prennent la forme d’algorithmes, de normes, d’infrastructures et de capacités de calcul. La vitesse d’innovation devient l’indicateur de la qualité de préparation et d’armement d’un état ou d’une entreprise car cette compétition ne concerne plus uniquement les États mais aussi les entreprises, les universités et les centres de recherche. Attirer les meilleurs chercheurs, développer les modèles d’intelligence artificielle les plus performants ou construire les infrastructures les plus puissantes constitue désormais un avantage économique autant que stratégique.

L’histoire nous enseigne que chaque révolution technologique a déplacé le centre de gravité de la puissance en changeant les ressources essentielles et leur géographie. Hier, la richesse se mesurait en hectares, en tonnes de charbon, en barils de pétrole, en nombre de soldats. Aujourd’hui, elle se mesure aussi en octets, en processeurs et en capacité d’analyse car la Data est devenue une ressource stratégique. Mais, contrairement aux ressources physiques, elle possède une caractéristique unique lorsqu’elle apparaît et est utilisée : elle ne disparaît pas ! Elle se copie, se diffuse, s’enrichit ou enrichit d’autres Data. C’est sans doute ce qui rend cette nouvelle guerre si particulière car il ne s’agit plus seulement de posséder une ressource, il s’agit de savoir qui sera capable d’en tirer le plus d’intelligence.

L’histoire retiendra peut-être que le XXIe siècle n’a pas inventé une nouvelle forme de guerre. Il a simplement changé l’objet des convoitises. Après la terre, les mers, le charbon et le pétrole est venue la Data. Et la véritable question n’est peut-être pas de savoir qui possède le plus de données mais qui saura les transformer en connaissance, en innovation… et en puissance.

Episode 8 : la Data sidérale & l’infiniment grand

Au XVIIᵉ siècle, Blaise Pascal dans ses « Pensées », plaçait l’Homme entre l’infiniment grand et l’infiniment petit : « Car enfin qu’est-ce que l’homme dans la nature ? Un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant, un milieu entre rien et tout. »

Quatre siècles plus tard, cette réflexion conserve une étonnante modernité avec un élément nouveau dans le paysage : la Data. Plus prosaïquement, en enlevant la dimension mystique du propos de Pascal et en se recentrant sur notre Data, l’infiniment grand est, ici, l’immensité de l’Univers et l’infiniment petit regroupe les constituants invisibles de la matière et du vivant. Entre les deux, nous, les humains en quête de comprendre ces deux dimensions qui nous échappent encore.

Depuis le début de l’épopée de la Data, nous n’avons eu de cesse de suivre la donnée en en regard des grandes étapes de l’évolution humaine et sociétale. Une donnée qui a permis de compter, de mémoriser, de transmettre, d’analyser puis de prédire. Aujourd’hui, elle nous permet aussi de magnifier, par les volumes de Data collectées, l’observation ! Et notre regard ne s’arrête plus à la Terre.

Pendant des millénaires, les hommes ont levé les yeux vers les étoiles pour y chercher des réponses. Les constellations guidaient les navigateurs, rythmaient les saisons et inspiraient les mythologies. Le ciel était un immense livre que chacun interprétait selon ses connaissances. Puis, les premiers télescopes ont profondément changé cette vision. Ils ont révélé des planètes inconnues, des galaxies lointaines et un Univers infiniment plus vaste que celui imaginé jusqu’alors.

A l’ère de la Data, une nouvelle révolution est en cours. Les astronomes n’observent plus seulement le ciel, ils collectent des données avec leurs télescopes modernes qui ne rapportent plus uniquement des images spectaculairesmais qui enregistrent également des milliards de mesures : longueurs d’onde, intensité lumineuse, composition chimique des étoiles, mouvements des galaxies, signaux radio, émissions infrarouges ou rayons X. Une seule nuit d’observation peut produire davantage de données que plusieurs générations d’astronomes n’en ont analysé au cours des siècles précédents.

Aux téléscopes s’ajoutent les satellites grâce à la conquête de l’espace commencée au XXème siècle. Ces satellites, de plus en plus perfectionnés, photographient en permanence notre planète, mesurent l’évolution du climat, surveillent les océans, cartographient les forêts, observent les cultures agricoles, suivent les déplacements des glaces ou détectent les incendies. La Terre est devenue un objet d’observation continue. Pour la première fois, l’humanité peut raconter l’histoire de sa planète non plus à partir de souvenirs ou de témoignages, mais à partir d’une mémoire numérique objective constituée de milliards de mesures.

Nous pouvons comparer une forêt d’aujourd’hui avec celle d’il y a vingt ans, observer la progression d’un désert, mesurer la fonte d’un glacier ou l’expansion d’une ville. La Data ne se contente plus de raconter le monde, elle le mesure en permanence.

L’exploration spatiale connaît la même transformation. Les sondes envoyées vers Mars, Jupiter ou les confins du système solaire rapportent finalement peu d’objets physiques. En revanche, elles transmettent des quantités considérables d’informations qui sont les véritables trésors de ces missions ne reviennent plus dans une capsule de retour sur Terre, mais dans les milliards de données transmises et analysées par les chercheurs. Même les télescopes spatiaux fonctionnent désormais comme d’immenses producteurs de données. Les images que nous découvrons dans les médias ne sont souvent que la partie visible d’un travail beaucoup plus vaste, où l’intelligence artificielle aide les scientifiques à détecter des phénomènes qu’aucun regard humain ne pourrait identifier seul.

La Data a changé notre manière d’explorer l’Univers. Hier, l’observation reposait essentiellement sur les yeux de l’astronome, aujourd’hui, elle repose autant sur la capacité des machines à enregistrer, stocker et interpréter des quantités gigantesques d’informations que sur la capacité cognitive des chercheurs.

Le regard humain s’est vu prolongé par celui des algorithmes. Certains pensaient que l’espace représentait la dernière frontière de l’exploration humaine. En réalité, il est aussi devenu la nouvelle frontière de la Data.

Et demain ? Lorsque des hommes vivront durablement sur la Lune ou sur Mars, ils emporteront avec eux bien davantage que des outils ou des machines. Ils emporteront un système d’information complet avec des capteurs, des bases de données, des intelligences artificielles, des réseaux capables de relier des mondes séparés par des millions de kilomètres. La Data accompagnera l’Homme là où il ira comme l’écriture a accompagné les premières civilisations, comme l’imprimerie a accompagné la Renaissance ou comme Internet a accompagné la mondialisation. L’Histoire montre que chaque grande conquête humaine s’est accompagnée d’une nouvelle manière de produire et de transmettre des connaissances et l’espace n’échappera probablement pas à cette règle.

En observant l’infiniment grand, nous découvrons finalement autant de choses sur nous-mêmes que sur l’Univers. Et peut-être que Blaise Pascal verrait dans cette évolution une nouvelle illustration de sa pensée. L’Homme demeure entre deux infinis mais il possède désormais un nouvel instrument pour les explorer : la Data.

Si le XVIIᵉ siècle a offert à l’Homme des télescopes pour regarder plus loin, le XXIᵉ siècle lui offre la Data pour comprendre ce qu’il mesure au-delà de ses capacité d’observation comme l’exemple de la découverte des exoplanètes. En effet, La plupart de ces mondes n’ont jamais été photographiés mais leur existence a été révélée par l’analyse de milliards de mesures de luminosité enregistrées par des télescopes spatiaux. La planète est d’abord une donnée, puis une hypothèse scientifique, avant de devenir une découverte…

L’infiniment grand n’est plus seulement un territoire à explorer. Il est devenu un territoire à mesurer, à mémoriser et à comprendre. Et c’est peut-être cette capacité à transformer la mesure en connaissance qui constitue la véritable conquête spatiale de notre époque.

Episode 9 : Le corps quantifié – l’infiniment petit

Dans l’épisode précédent, nous avons suivi Blaise Pascal jusqu’à l’infiniment grand. Grâce à la Data, l’Homme est désormais capable de mesurer, d’observer et de comprendre un Univers dont l’immensité dépasse son imagination. Mais Pascal évoquait aussi un second infini, tout aussi fascinant : l’infiniment petit.

Si pendant des siècles, l’Homme a levé les yeux vers le ciel pour comprendre sa place dans le cosmos, il aussi tourné son regard vers lui-même pour comprendre sa place dans le vivant. Les premiers médecins observaient les symptômes visibles, puis l’anatomie est devenue une discipline avec les premières dissections. Les microscopes ont révélé, ensuite, un monde invisible peuplé de cellules, de bactéries et de micro-organismes. Les rayons X, les scanners puis l’imagerie par résonance magnétique ont permis de voir l’intérieur du corps sans l’ouvrir pour diagnostiquer des maladies et des dysfonctionnements. Chaque progrès a repoussé un peu plus les limites de notre regard jusqu’à l’arrivée de la Data.

Une révolution discrète est en marche peut-être aussi importante que l’invention du microscope. Le corps humain n’est plus seulement observé, il peut être mesuré en permanence. Rythme cardiaque, tension artérielle, glycémie, qualité du sommeil, activité physique, respiration, température corporelle, sont autant d’informations qui peuvent désormais être enregistrées en continu grâce à des capteurs, eux-mêmes connectés, toujours plus précis.

Pendant des millénaires, le médecin examinait ponctuellement son patient quand ce dernier prenait rendez-vous ou suite à un malaise ou un accident. Maintenant, le corps peut raconter lui-même son histoire, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Et les modèles prédictifs, construits sur des millards de données personnelles, peuvent anticiper une maladie ou un accident cardio-vasculaire comme, par exemple, la détection précoce d’une fibrillation auriculaire grâce aux montres connectées ou la prédiction de certaines complications chez les patients diabétiques

Dans les laboratoires, de leur côté, les chercheurs séquencent le génome humain. Ils analysent les protéines, cartographient les cellules, étudient le microbiote qui peuple notre organisme et explorent les interactions infiniment complexes qui font fonctionner le vivant. Comme les astronomes qui accumulent des milliards de données sur les galaxies, les biologistes accumulent des milliards de données sur notre propre corps. Cette analogie est frappante : dans l’épisode précédent, la Data nous permettait d’observer des galaxies situées à plusieurs milliards d’années-lumière, ici, elle nous aide à comprendre un univers qui tient dans quelques micromètres. Le changement d’échelle est vertigineux et pourtant, la démarche scientifique reste la même : observer, mesurer, comparer et comprendre.

La Data permet d’identifier des prédispositions génétiques, d’améliorer le diagnostic de nombreuses maladies, d’adapter certains traitements aux caractéristiques de chaque patient et, demain de prévenir certaines pathologies avant même l’apparition des premiers symptômes. Nous entrons progressivement dans l’ère de la médecine prédictive.

Biensûr cette révolution soulève aussi de nouvelles questions : Que faire de toutes ces données ? À qui appartiennent-elles ? Qui peut y accéder ? Sommes-nous prêts à connaître aujourd’hui les maladies que nous développerons peut-être dans vingt ans ? Souvent, le progrès technique précède la réflexion éthique et comme toute révolution scientifique, celle de la Data précède sa régulation. Il a fallu plusieurs décennies pour encadrer l’électricité, l’aviation, le nucléaire ou encore Internet. Il en ira probablement de même pour les données de santé.

En observant l’infiniment petit, nous découvrons que le corps humain est lui aussi un univers d’une complexité extraordinaire où des dizaines de milliers de milliards de cellules coopèrent en permanence, où notre ADN contient plusieurs milliards de lettres et où notre microbiote rassemble davantage de micro-organismes que notre corps ne compte de cellules humaines ! Chaque seconde, des millions de réactions biologiques assurent notre survie sans que nous en ayons conscience.

L’infiniment petit est peut-être aussi vertigineux que l’infiniment grand. Et la Data nous offre enfin les moyens de l’explorer. Comme dans l’espace, elle ne remplace pas le chercheur, elle prolonge juste sa capacité d’observation en transformant une une multitude de mesures en connaissance.

L’Homme explore un nouveau continent : son propre corps ! Il découvre que le plus mystérieux des univers n’est peut-être pas situé à des milliards d’années-lumière, il est en lui.

Si Blaise Pascal écrivait que l’Homme était placé entre deux infinis, quatre siècles plus tard, la Data nous permet d’explorer l’un comme l’autre. Que l’Homme observe une galaxie ou une cellule, la Data poursuit finalement le même objectif : révéler des organisations que l’œil humain est incapable de percevoir seul.

La grande question du XXIᵉ siècle n’est donc peut-être plus de savoir jusqu’où l’Homme pourra aller mais jusqu’où il souhaitera se connaître lui-même jusqu’à percer le secret de la vie et de la mort ! Cette quête est aussi vieille que l’humanité.

Episode 10 : on est plus à un néologisme près

Il existe un moyen étonnant de mesurer les grandes révolutions de l’humanité. Il suffit d’ouvrir un dictionnaire. Chaque époque y laisse son empreinte. L’Antiquité nous a légué ses philosophes et ses cités. La Renaissance a enrichi notre vocabulaire avec l’imprimerie, les sciences et les grandes découvertes. La révolution industrielle a apporté la locomotive, l’usine, l’électricité ou encore l’automobile.

Chaque mot raconte son époque et ceux de l’ère de la Data ne font pas exception. Depuis moins de dix ans, notre vocabulaire s’est enrichi à une vitesse impressionnante. Certains termes, inconnus du grand public il y a encore quelques années font partie des conversations quotidiennes, des médias et parfois même des repas de famille.

Qui parlait de prompt avant 2022 ? Pourtant, ce mot est désormais utilisé pour désigner les instructions que nous donnons à une intelligence artificielle afin d’obtenir le meilleur résultat possible. Un simple terme anglais est devenu un nouveau geste du quotidien. Un terme qui se décline depuis avec le prompt engineering qui décrit un nouveau savoir-faire : apprendre à dialoguer efficacement avec une intelligence artificielle.

D’autres mots existant, ont vu leur sens se modifier. Par exemple hallucination, initialement dans classé dans le vocabulaire médical ou psychiatrique, désigne aujourd’hui une intelligence artificielle qui produit une réponse fausse tout en donnant l’impression d’être parfaitement crédible. Même terme mais concept différent.

Autre exemple ? Copilote qui évoquait le siège voisin du conducteur ou le second pilote d’un avion, désigne aussi une intelligence artificielle capable d’assister un développeur, un rédacteur, un médecin ou un ingénieur dans son travail quotidien (comme votre serviteur pour cette saison 8).

Notre langage évolue parce que nos usages évoluent. D’autres néologismes traduisent des réalités inédites comme :

  • Deepfake : image ou vidéo générée ou modifiée par l’intelligence artificielle au point de devenir presque indiscernable de la réalité avec sa déclinaison plus popuilaire des Fakenews,
  • Jumeau numérique : représentation virtuelle d’une machine, d’une usine, d’une ville… ou demain peut-être d’un être humain, afin d’en simuler le comportement.

L’IA générative est entrée dans notre vocabulaire pour distinguer une intelligence artificielle capable non plus seulement d’analyser des données, mais aussi de produire du texte, des images, de la musique ou du code informatique.

Plus récemment encore, sont apparus des termes comme agent IA, RAG, token, multimodal ou fine-tuning. Beaucoup restent encore réservés aux spécialistes. Mais combien d’entre eux feront partie du langage courant dans cinq ans ?

L’histoire montre que les révolutions techniques commencent souvent par créer de nouveaux objets, puis elles créent de nouveaux métiers et enfin de nouveaux mots. C’est précisément ce qui se passe sous nos yeux. Ces néologismes ne sont pas de simples effets de mode. Ils révèlent que nous sommes en train d’inventer de nouvelles façons de travailler, de créer, d’apprendre et d’interagir avec les machines. Ils témoignent d’une transformation beaucoup plus profonde : celle de notre représentation du monde.

La langue française a toujours su absorber les innovations, parfois en les francisant, parfois en empruntant des mots à d’autres langues. Il en sera probablement de même avec la Data et l’intelligence artificielle.

Certains termes disparaîtront aussi vite qu’ils sont apparus. D’autres entreront durablement dans notre vocabulaire. Et nos enfants auront sans doute du mal à imaginer qu’il fut un temps où personne ne savait ce qu’était un prompt, une IA générative ou un deepfake.

Après tout, nous utilisons aujourd’hui naturellement des mots comme « téléphone », « télévision » ou « informatique », qui étaient eux aussi des néologismes il n’y a pas si longtemps. La révolution de la Data ne transforme donc pas seulement nos outils. Elle transforme aussi notre langage.

Et si les mots racontent toujours leur époque, alors notre dictionnaire est peut-être l’un des meilleurs témoins de la révolution numérique que nous sommes en train de vivre. L’histoire continue. Et il y a fort à parier que les prochaines éditions de nos dictionnaires nous réserveront encore bien des surprises…

Note de l’auteur et remerciements

Cette épopée de la Data à travers les âges a été écrite entre mars et octobre 2019 pour les saison 1 à 7 puis reprise en 2026 pour la saison 8. Fidèle à l’idée que la fiction peut servir à maîtriser la réalité, l’intention pédagogique et ludique a pour conséquence que le contenu des épisodes de ces 8 saisons n’a pas toujours une valeur scientifique indiscutable. Néanmoins, la page wikipédia Chronologie de l’histoire des techniques a été la colonne vertébrale de cette épopée pour garder une cohérence scientifique.

Cette revue de l’histoire de l’humanité par le prisme des avancées technologiques et de l’émergence de la connaissance a été un exercice passionnant et une sorte de prise de recul sur ce que l’homme est capable de produire en bien mais aussi en mal.

Je tiens à remercier les lecteurs qui ont été fidèles (ils se reconnaîtront) qui m’ont encouragé, par leur engagement sur linkedin, whaller, facebook ou wordpress, à aller au bout de cette épopée et ce n’est pas fini !

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Crédit photo : image générée par ChatGPT à partir du contenu de la saison 8

© Ecrit par Jean Méance entre juin et août 2026

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