Jacques Higelin est le grand frère du rock made in France poussé au cœur des années 70 avec Téléphone et Trust. Un rock français post Punk qui décidait de solder l’héritage des yéyés et du hit-parade façon Guy Lux.
Pourtant rien ne destinait Jacques Higelin à jouer ce rôle en partant sur un projet plutôt classique de chanson populaire française, plutôt rive gauche, sorte de mélange de textes solides, de jazz (« La Grippe » avec Brigitte Fontaine), de folk (« Buster K », « Six Pieds en l’air » avec Areski ou « Je Suis mort qui dit mieux » qui a sûrement influencé Renaud).
Puis à partir de l’album BBH75, Jacques Higelin augmente l’influence du Rock dans ses compositions, un Rock d’abord plutôt acoustique (« Cigarette ») puis plus électrique et rythmé avec « L’ange et le salaud » ou « Geant Jones ».
Avec l’album No Man’s Land et surtout le morceau « Pars », Jacques Higelin franchit un cap décisif. Il réussit là où beaucoup échouent : faire sortir le rock français de son cercle d’initiés. Peu de groupes de l’époque tels que Little Bob Story ou Bijou, parviendront à franchir ce plafond de verre séparant le public rock du grand public. Higelin trouve le point d’équilibre entre liberté artistique, énergie rock et mélodies capables de séduire les radios. « Champagne » puis surtout « Tombé du ciel » deviennent des succès populaires et tournent sur toutes les platines de France et de Navarre sans que leur auteur renonce à sa personnalité.
Plus encore que son style musical, c’est sa liberté qui impressionne. Higelin n’a jamais construit une carrière selon les règles du marché. Chaque album semblait répondre à une seule exigence : suivre son inspiration du moment. Rock, jazz, chanson, folk, poésie ou improvisation se croisent sans jamais donner l’impression d’un exercice de style. Cette liberté absolue explique sans doute pourquoi il est resté si difficile à classer… et pourquoi il demeure aussi singulier aujourd’hui.
Jacques Higelin ne s’interdit rien. Des Rocks à la papa années 60 comme « Denise » ou « J’veux cette fille » qu’un Johnny Halyday ou un Dick Rivers n’auraient pas renié, du Rock plus dur « Aux héros de la voltige ». De la chansonnette joyeuse « Tom Bombadilon » référence à Tolkien au plus émouvant « La ballade de chez Tao ». Noter aussi une des plus belles chansons sur la paternité « Ce qui est dit doit être fait ».
Les derniers albums sont ceux de la maturité « Ice Dream », « J’ai jamais su », « Délire d’alarme » qu’un Bernard Lavilliers n’aurait pas renié et « Lonesome Bad Boy » qui était peut-être finalement ce qu’était Jacques Higelin.
La playlist 1Lp1Track contient plusieurs versions live qui rappellent que si Jacques Higelin était un auteur, compositeur, interprète, multi-instrumentiste, il était avant tout une bête de scène en osmose complète avec son public. Sa voix éraillée qui sacrifiait la justesse à l’authenticité, ses multiples interactions et improvisations et la qualité des musiciens qui l’accompagnaient sur scène ont marqué la scène française au fer rouge pendant plusieurs décennies.
Au-delà d’un répertoire exceptionnel, Jacques Higelin laisse aussi un héritage vivant. Arthur H et Izïa poursuivent chacun à leur manière cette quête permanente de liberté artistique. Deux personnalités très différentes, mais qui partagent avec leur père cette même envie de ne jamais emprunter les chemins les plus faciles. C’est sans doute la plus belle preuve que l’esprit d’Higelin continue de souffler sur la musique française. Izia et Arthur H terminent en bonus la playlist 1Lp1Track.
#1Lp1Track
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