Little Bob Story : 50 ans de retard… mea culpa !

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Je dois commencer cet article sur Little Bob Story par un immense mea culpa. Je suis complètement passé à côté de ce groupe à une époque où ma culture naissante du rock se focalisait sur les grands cirques de Deep Purple ou Led Zeppelin, ou sur ce rock français qui commençait justement à s’affirmer… en français, avec Téléphone ou Trust.

Alors pourquoi suivre un groupe français qui s’exprimait en anglais, qui faisait le choix d’un rock revenu aux racines et dont le leader ressemblait davantage à un personnage de BD qu’aux rock stars à la crinière permanentée façon Robert Plant ou David Coverdale ?

Mauvais calcul. Parce que cinquante ans plus tard, Roberto Piazza est toujours là. L’embonpoint, le double menton, le perfecto et surtout ce rock sans concessions ont résisté au temps. Little Bob continue de monter sur scène et de faire vivre une certaine idée du rock’n’roll dans les salles de France et de Navarre. Et ce n’est pas un hasard.

Playlist 1Lp1Track disponible sur YouTube, Spotify et Deezer

L’histoire commence au Havre, ville portuaire qui semble presque avoir été conçue pour accueillir ce genre de musique. Les docks, les cargos, les marins, l’Angleterre juste de l’autre côté de la Manche : difficile d’imaginer meilleur décor pour un groupe français amoureux du rock anglo-saxon. Little Bob Story apparaît au milieu des années 70, au moment où le rock est justement en train de changer de peau. Le rock progressif et les grandes machines des années 70 sont bousculés par la vague Punk et le retour à un son direct, plus brutal, plus proche de la rue.

Dans ce contexte, Little Bob, lui, n’a pas besoin de changer de costume. Son rock est déjà là. Direct, rugueux, électrique. Un rock fait pour la scène. La création de cette playlist consacrée à Little Bob — qu’il soit Story, Blue Bastards ou Little Bob tout court — a donc été à la fois un plaisir et une découverte.

Ici, pas de fioritures. La production reste au plus près du son live, un peu comme chez AC/DC : guitare, basse, batterie, voix et surtout de l’énergie. Chaque morceau semble écrit avec une idée simple : être joué et rejoué sur scène. Bien sûr, Little Bob n’est pas complètement imperméable à l’air du temps. Riot in Toulouse sort tout droit de l’urgence punk-rock. Shadow Lane flirte avec des sonorités plus funk et d’autres morceaux empruntent parfois des chemins différents. Mais quelques secondes suffisent généralement pour revenir à la maison. Et la maison, chez Little Bob, c’est le rock’n’roll.

Il y a pourtant quelque chose d’étrange dans l’histoire de Little Bob Story. Le groupe possède tous les ingrédients qui auraient pu lui permettre de devenir beaucoup plus populaire : des chansons efficaces, une vraie identité, un chanteur immédiatement reconnaissable et surtout une réputation scénique considérable. Mais il n’a jamais véritablement franchi ce fameux plafond de verre.

Le choix de chanter en anglais y est peut-être pour quelque chose. Au moment où Téléphone et Trust démontrent que le rock peut conquérir la France en utilisant sa langue, Little Bob regarde obstinément de l’autre côté de la Manche. Ne cherchez donc pas la station de radio qui aurait fait de Little Bob Story sa musique quotidienne. Elle n’existe probablement pas. Mais cherchez ses fans… Eux sont bien là. En France comme en Grande-Bretagne, plusieurs générations ont continué à répondre aux rendez-vous donnés par Little Bob et son orchestre.

Cette playlist recèle quelques véritables pépites. « Sheila ‘N’ Willy », « Living in the Dockland », « Lost Territories »… Des chansons originales ou des reprises qui donnent parfois l’impression de traverser simultanément les grands espaces et les villes saturées, les docks, les bars, les routes et cette géographie imaginaire du rock’n’roll qui va de Liverpool à Detroit en faisant un détour improbable par Le Havre. Et puis il y a « Only Liars ». Un morceau sur l’ineptie de la guerre dont le thème possède malheureusement cette étrange propriété : celle de ne jamais vraiment vieillir. Enfin, la reprise de la chanson des partisans « Bella Ciao » clôture la playlist car Little Bob est un résitant du Rock parmi les résistants…

Alors voilà. J’ai battu ma coulpe ! Avec près de cinquante ans de retard, je découvre réellement Little Bob Story et je comprends mieux pourquoi ce groupe possède une place particulière dans l’histoire du rock français. Peut-être justement parce qu’il n’a jamais vraiment cherché à faire du rock français. Il a simplement voulu faire du rock’n’roll. Et avec ce Roberto Piazza improbable, son perfecto, sa voix, sa silhouette et cette fidélité presque obstinée à la musique qu’il aime.

Alors oui, je persiste et je signe ! Si, comme moi, vous êtes passé à côté de Little Bob Story, il est encore temps de réparer cette erreur. Little Bob prend désormais sa place dans mon panthéon du rock français.

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