S3-Mr Run et Mme Build face à la crise

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LEntreprise, société en plein essor depuis l’arrivée d’investisseurs et l’installation d’un outil de production flambant neuf, est touchée par la crise sanitaire du Covid-19 alors même que l’unité du CODIR posait un problème sur la vision stratégique. Pendant la période de confinement, après un moment de stupeur, les ressources de LEntreprise ont trouvé un moyen de rebondir et d’occuper partiellement l’unité de Production. Malgré ce rebond, les questions sur l’avenir de LEntreprise restent entières. Comment le CODIR va-t-il pouvoir converger ? Nous retrouvons nos héros au cœur de l’été 2020.

Saison 3 : Contre vents et marées

Episode 1 : Dernier CODIR avant l’autoroute

Lundi 3 août 2020.

Température caniculaire. La météo affiche, sans discontinuer, un beau temps insolent depuis les premiers jours de confinement du mois de mars. Pas étonnant que les fortes chaleurs s’installent au cœur de l’été.

Mr BigBoss sort de son dernier CODIR avant son départ en congés. Sa femme a accouché début juin d’une belle petite fille dont il est devenu gaga immédiatement. Il a promis et juré que cette année il partira en vacances sans téléphone, sans accès aux informations et à l’actualité. Digital détox, working détox. 100 % disponible pour son épouse et sa fille. Location dans un coin perdu de Grèce. Il part ce soir et coupe les ponts avec LEntreprise comme il ne l’a jamais fait depuis qu’il est entrepreneur.

Après tout Mr Profit et Mlle Transformation seront présents et sont tout à fait compétents pour expédier les affaires courantes pendant les 4 semaines d’août. Depuis la sortie du confinement, les affaires ont repris « à peu près » leur cours. Bon d’accord, le coup des masques et des produits dérivés n’a pas résisté à l’arrivée massive de produits concurrents sur le marché. Mais l’activité a repris sur les produits historiques car après presque 2 mois d’arrêt, les français ont envie de consommer.

Ce dernier CODIR avant son départ a permis à Mr BigBoss de faire un tour complet de la situation. Côté des commandes et de la Production, les volumes sont corrects et la capacité à livrer est bonne. La nouvelle chaine de production pourrait faire mieux bien sûr. Sa capacité est loin d’être saturée mais dans les circonstances il ne faut pas se plaindre.

La situation financière est sous contrôle, bien qu’elle reste fragile. Mme DirFi relève que les charges de fonctionnement sont légèrement inférieures aux revenus mais il faut compter aussi sur l’amortissement des investissements lourds sur les nouveaux locaux et sur le nouvel outil de production. Une amélioration des ventes serait quand même la bienvenue. Mr Marketing, l’esprit vagabond, ne se sent pas concerné par la remarque. Mr Business, un peu piqué au vif, reconnait que le développement de nouveaux clients est compliqué et il s’inquiète d’une recrudescence de l’épidémie à l’automne qui pourrait avoir des conséquences pour la campagne de fin d’année qu’il ne faut pas rater !

Mme FonctionDeSupport décrit une situation post-confinement très contrastée. Encore aujourd’hui, certains collaborateurs n’ont toujours pas repris leur poste de travail et continuent à fonctionner à distance. Mr Business ne peut s’empêcher d’ajouter : « de dysfonctionner à distance ! ». Mme FonctionDeSupport reconnait qu’elle a encore pas mal de difficultés et qu’elle s’appuie énormément sur Mme Build qui l’aide sur les outils et les processus sans pouvoir malheureusement l’aider à améliorer la volonté et le moral des collaborateurs.

Heureusement les commandes et les paiements des clients sont largement automatisés grâce au digital. Mais de nombreux fournisseurs se plaignent du retard de paiement de LEntreprise. Mme DirFi confirme en effet que l’argent entre plutôt qu’il ne sort, ce qui est bon pour la Trésorerie mais qu’il faut anticiper l’effet retard et ne pas se voiler la réalité des comptes.

Mme DRH rebondit sur les difficultés de fonctionnement des fonctions de support en alertant sur le risque de voir LEntreprise coupée en 2 avec des collaborateurs engagés côté Production et des équipes qui décrochent « à la compta ».

Mr BigBoss a aussi remarqué que Mr Profit et Mlle Transformation sont restés étonnamment silencieux pendant ce dernier CODIR. Sont-ils aussi un peu fatigués ? Il faudra qu’il leur accorde quelques jours de congés à son retour.

En attendant, Mr BigBoss a laissé « les clés » à Mr Run, le seul en qui il a réellement confiance. Le coffre de toit installé, sur le parking, il se retourne une dernière fois vers les locaux de LEntreprise avant d’appuyer résolument sur l’accélérateur vers la route des vacances.

Episode 2 : Ambiance haussmannienne

Mardi 11 août 2020.

« Mr Profit nous en attendons plus de vous ! » Dans cet immeuble au cœur du triangle d’or du 8ème arrondissement, entièrement rénové dans l’esprit « coworking » de l’époque, les trois représentants du fond d’investissement sont nerveux pour ne pas dire désagréables.

Pour venir au rendez-vous Mr Profit avait eu plaisir à flâner dans ce quartier parisien qu’il aime tant, surtout quand la ville est désertée au cœur de l’été. Il voit le bénéfice de ce moment de détente anéanti par cette entrée en matière. Mlle Transformation l’accompagne. Il pensait que ce serait bon pour son apprentissage mais il commence à le regretter.

« Mr Profit vous nous avez habitués à plus de détermination. Nous comprenons que l’épidémie du Covid a surpris tout le monde. Nous y compris. Mais quand l’écosystème évolue, il faut nous adapter au plus vite. Nos engagements vis-à-vis de nos clients l’exigent. Nous reconnaissons l’effort inventif et salutaire de la direction de LEntreprise pendant le confinement mais maintenant il faut savoir rebondir correctement. »

Mr Profit qui commence à se douter de la suite tente une interruption : « Nous rebondissons. Nos chiffres ne sont pas mauvais depuis le mois de mai et nous fondons de gros espoirs sur la campagne de fin d’année pour revenir à une capacité de production complète… »

« Certes ! », le coupe à son tour l’investisseur, « c’est justement  là que nous sommes inquiets ! Comme vous dites les chiffres ne sont pas mauvais. On pourrait dire aussi qu’ils ne sont pas excellents. » Mr Profit marque le coup. « Nos investissements lourds de l’année dernière vont plomber les charges pendant au moins 5 ans et seule une activité commerciale très satisfaisante permettra de rentabiliser très vite notre placement. »

« Je croyais que nous étions sur un engagement à long terme avec LEntreprise. Pourquoi cette précipitation ? » tente de comprendre Mr Profit.

« La crise fait évoluer l’écosystème. Tout le monde a pris conscience de l’importance du digital et de l’e-économie. Nous observons plusieurs acteurs très intéressés par LEntreprise. Ses engagements passés pour développer le canal internet, ses nouveaux locaux et sa nouvelle chaine de conditionnement sont des atouts qui attirent sur le marché. Nous avons d’ailleurs déjà été approchés par des concurrents de LEntreprise avec des premières propositions très intéressantes. »

« Tout ça n’est-il pas prématuré à peine un an après notre partenariat ? » interroge Mr Profit.

« Certainement d’un point de vue moral. Mais il faut bien reconnaitre que ce Mr BigBoss et sa garde rapprochée des anciens vont être difficiles à manœuvrer. Vous-mêmes n’arrivez pas à ouvrir LEntreprise à l’international autant que nous le souhaitons ! Vos relations avec Mr BigBoss sont houleuses. Ça va prendre des mois à orienter la stratégie comme nous le voulons ! Et nous craignons aussi un climat social délétère côté des fonctions de support. »

Mr Profit trouve les responsables du fond très bien informés de la situation. Il jette un coup d’œil suspicieux à Mlle Transformation en se disant « on réglera ça plus tard ma cocotte ». Il reprend : « du coup quels sont vos directives pour la suite ? »

L’un des responsables, le plus âgé, qui s’était tenu à l’écart de la discussion pour l’instant, se racle la gorge et explique d’une voix déterminée : « La gouvernance de LEntreprise ne nous permet pas d’en prendre le contrôle à ce stade. Nous comptons sur l’absence de Mr BigBoss pour vous permettre de verrouiller toutes les décisions opérationnelles et de reprendre la main sur la stratégie, à commencer par l’établissements de relations avec des partenaires étrangers. Nous devons prendre la main sur Mr BigBoss pour disposer de LEntreprise. C’est votre objectif ! »

Mr Profit gratifie l’assistance d’un « Compris ! » à la façon de Jack Bauer dans 24 Heures Chrono. Il voit bien le côté méprisable de la mission mais il va ranger ses principes derrière son professionnalisme. A lui maintenant d’établir son plan d’attaque…

Episode 3 : Transformation non aboutie

Jeudi 13 août 2020.

Mme Build profite de quelques jours de tranquillité pour dresser un bilan de sa mission à LEntreprise. Presque 4 mois qu’elle passe son temps à supporter les fonctions de…support. Elle a rarement vu dans sa carrière une population aussi rétive aux changements. Pourtant ils sont nombreux ceux et celles qui avaient participé à l’aventure de la digitalisation de LEntreprise ! Mais voilà entre le déménagement dans une zone industrielle lointaine, l’arrivée de nouveaux collègues côté de la Production et l’épisode du COVID, l’enthousiasme au changement s’est muté en désengagement et grogne.

Le télétravail n’a rien arrangé à l’affaire en isolant chacun qui se renferme sur lui-même. Et cette Mme FonctionDeSupport qui n’arrive pas à déléguer. Elle tente désespérément de transférer certaines activités mais comme elle ne sait comment les contrôler sereinement, elle retombe dans son travers de « faire » plutôt que « faire faire ». Et du coup, certains à distance ont compris qu’ils n’avaient rien à faire, à part attendre son salaire à la fin du mois…

Mme Build est pourtant une convaincue du télétravail qu’elle applique depuis de nombreuses années. Elle n’a jamais eu besoin d’un chef derrière son dos pour avancer et prendre ses responsabilités. Le comportement du personnel de LEntreprise l’a prend complètement au dépourvu. Elle n’avait pas imaginé que le télétravail serait considéré comme un frein à la transformation, elle qui l’a toujours vécu comme une libération personnelle.

Pourtant le travail de documentation, d’explication, d’outillage et de digitalisation des processus, effectué avec Mme FonctionDeSupport, a produit un résultat de grande qualité. Les équipes de la DSI continuent de livrer des évolutions étonnantes. L’architecture digitale de LEntreprise qui se réduisait au triptyque « Marketing, Commerce, Production » s’étend maintenant à la facturation, la comptabilité, les demandes de congés, les circuits d’engagement… Bref, LEntreprise a un beau système mais il est à ce stade mal utilisé, pour na pas dire rejeté par les utilisateurs.

Mme Build, frustrée de cette transformation inachevée, décroche son téléphone.

  • « Allo Mr Run ? Ici Mme Build. Vous allez bien ? Je sais que vous êtes présents à LEntreprise en ce moment. Je me suis dit que je pourrais plus facilement vous parler dans cette période plus creuse. »
  • Vous avez bien fait.
  • Voilà je voulais avoir votre point de vue sur ma mission et ce que nous avons accompli depuis plusieurs mois. Je vous avoue que de mon côté je suis perplexe car je ne vois pas la mayonnaise prendre côté des fonctions de support. Qu’en pensez-vous ? »

Mr Run réfléchit avant de répondre :

  • « A titre personnel, vous n’avez pas grand-chose à vous reprocher sur l’investissement et la démarche. Mais il est difficile de faire boire un âne qui n’a pas soif. Avec tout le respect que j’ai pour mes collègues, ils se sont enfoncés dans un confort, lui-même renforcé par l’attitude très maternelle et protectrice de leur responsable. Mais ce qui m’inquiète le plus est le manque de présence de la direction générale sur le sujet. Mlle transformation devrait taper du poing sur la table mais elle n’est jamais sur ces coups-là et Mr BigBoss n’a plus la « gnac » d’avant et la naissance de sa fille n’arrange pas les choses. Je suis inquiet pour la suite Mme Build et je crains que votre préoccupation ne trouve pas beaucoup d’échos dans le climat actuel.
  • Merci pour votre franchise Mr Run. Evidemment ça ne fait pas vraiment avancer mon interrogation. Je dirai même que je suis encore plus perplexe. Bon en attendant, je vais quand même boucler toutes les actions en cours et on verra bien à la rentrée. »

Episode 4 : Premier soutien

Vendredi 14 août 2020.

Alors que la canicule a fait place à un temps chaud et humide, de son bureau, Mr Profit espère que ce ciel étonnamment grisâtre après de si beaux jours ne soit pas un mauvais signe pour sa journée.

Il a décidé de faire le tour des directeurs de LEntreprise qui lui sont favorables car redevables de leur situation. Il va dévoiler son intention (qui est plutôt celle du fond d’investissement mais il doit s’aligner c’est son job !). Il sait d’avance que certains vont jouer la surprise mais il doit surtout évaluer leur fidélité avant une épreuve qui va secouer le CODIR.

Mlle Transformation est avec lui dans son bureau. Il a pu éclaircir son attitude de mardi dernier avec les investisseurs. Mlle Transformation a très naturellement reconnu avoir de fréquents échanges avec eux, à leur demande. Elle a toujours joué la transparence sur la situation de LEntreprise. Elle a simplement omis d’en faire part à Mr Profit. Elle a promis que c’était une erreur de jeunesse et qu’elle ne recommencera pas. Mr Profit devant une telle candeur a cru à sa sincérité et a passé l’éponge. D’ailleurs a-t-il le choix ? Ce n’est pas le moment d’ouvrir un conflit avec Mlle Transformation qui se trouve embarquée dans le même camp après sa participation à la discussion de mardi.

Depuis la pieuvre qui trône au centre de la petite table de réunion, Mr Profit compose le numéro de Mme DirFi toujours en Bretagne.

  • « Allô ? Mme DirFi ?
  • Oui c’est elle. 
  • Ici Mr Profit et Mlle Transformation. Comment vas-tu ?
  • Jusqu’ici j’allais bien mais votre appel me fait peur.
  • Rassures-toi, ce n’est pas un problème sur les finances ou sur la trésorerie mais plutôt d’une question importante sur l’avenir de LEntreprise.
  • Ah oui laquelle ?
  • Penses-tu qu’en l’état de notre fonctionnement au niveau Direction Générale on peut s’en sortir ?
  • S’en sortir ? Dans quel sens ?
  • Je veux dire s’en sortir sur le plan de la stratégie et des orientations à prendre notamment sur l’optimisation des coûts et l’ouverture à l’international. Alors ?
  • Ecoutes on se connait assez pour jouer franc jeu. Il est évident que toi et Mr BigBoss avez un problème pour converger. Je ne vois d’ailleurs pas qui va céder. Ton mutisme en CODIR ne me trompe pas. Je vois bien que tu n’es pas d’accord. Et en effet puisque tu poses la question, je ne te vois pas continuer dans ces conditions très longtemps…
  • Merci pour ta franchise ! Mais si je te dis que j’ai l’ordre des représentants du fond d’investissement pour pousser vers la porte Mr BigBoss tu en penses quoi ?
  • Oh là ! On passe de la stratégie au règlement de comptes à OK Coral ! Ce que j’en dis c’est que tu risques de te casser les dents. Maintenant avec le support sans failles de ton sponsor ça peut marcher.
  • Du coup on arrive à la véritable raison de cet appel. Si la guerre se déclare dans quel camp seras-tu ?
  • Evidemment le tiens même si je ne te cache pas que Mr BigBoss est très respectable et mérite à être connu. 
  • Bon nous te laissons fêter la vierge Marie et attends-toi à un retour sportif début septembre.
  • Ok bon week-end à vous deux. »

La communication coupée, Mr Profit, presque pour lui-même : « Voilà ! Déjà trois poids lourds du CODIR ensemble. On verra lundi dans une session improvisée la position du reste des troupes. »

Episode 5 : Le noyau de la conspiration

Lundi 17 août 2020           

« Qu’est-ce que c’est que cette réunion ? » se demande Mr Run. Malgré la porte close, il voit bien par les petits espaces vitrés que Mr Profit, Mlle Transformation, Mr Marketing et Mr DirecteurProduction sont en grand conciliabule dans la salle du CODIR. Son sang ne fait qu’un tour. Déterminé, il se dirige vers l’espace de réunion, ouvre la porte avec énergie et coupe immédiatement la conversation en cours. Un grand silence gêné s’installe.

« Aurai-je oublié un meeting important ce matin ? » demande Mr Run.

Mr Profit, une fois passé l’effet de surprise causé par l’arrivée de Mr Run, reprend avec calme : « Non Mr Run, vous ne loupez rien. Nous sommes en train de traiter des points opérationnels entre la production et le marketing. »

Mais Mr Run voit bien que la pieuvre est allumée. «  Ah bon ? Et qui est avec vous en ligne ? » demande-t-il.

« Mme DirFi. » répond Mr Profit.

Mr Run reprend : « En quoi les finances sont-elles concernées ? »

Mr Profit qui a complètement retrouvé son assurance précise : « Nous avons besoin d’une vue transversale des sujets. Raison pour laquelle Mme DirFi pour la finance et Mlle Transformation pour les aspects DSI, RH et fonctions de support sont présentes. »

Mr Run insiste : « Je ne peux pas participer aussi ? ça m’intéresse et je pourrais peut-être vous aider ? »

Mr Profit résiste : « Votre expertise ne fait pas de doute. Mais comme vous le constatez, nous avons souhaité nous réunir entre nous pour avoir des idées nouvelles, sans être pollués par le poids de l’héritage et des vieux réflexes. Mais rassurez-vous, nous confronterons nos idées avec les « anciens » de LEntreprise. »

Ce terme « d’anciens » est largement connoté dans l’esprit de Mr Run qui prend la remarque comme une gifle. Têtu, il décide de rester dans la salle. Un nouveau silence s’installe. Les secondes deviennent des minutes. Un bras de fer virtuel est en train de se jouer. Mr Run, pas préparé à ces exercices de pression morale, finit par culpabiliser et par céder. Il sort sans un mot mais il sait déjà qu’il lui faut contacter Mr BigBoss au plus vite.

Mr Profit reprend : « C’est bien embêtant cette irruption de Mr Run. Je l’avais complètement oublié ! Bon de toutes façons, il sera au courant de nos intentions tôt ou tard. Là on sait que ça va être rapide car l’homme n’est pas idiot et je ne suis pas sûr qu’il a mordu à mes explications. Bon revenons à notre sujet. Donc Mr DirecteurProduction et Mr Marketing nous vous mettons dans la confidence de la situation avec les investisseurs et ce que nous allons réaliser dans les jours qui viennent. Comme nous autres, vous faites partie des personnes embauchées avec l’aval des responsables du fond d’investissement car nous croyons en votre potentiel pour assurer le développement de LEntreprise. En contrepartie, vous avez compris que nous attendons de vous, votre loyauté et votre adhésion à notre projet. Le plus difficile évidemment sera de l’imposer et le faire accepter par Mr BigBoss et certains anciens. »

Episode 6 : Cas de conscience

Mercredi 19 août 2020

Après deux nuits très agitées, c’est pas la grande forme pour Mr DirecteurProduction, en ce début de matinée. L’incroyable annonce de Mr Profit le rend mal à l’aise. Sa famille partie en vacances, il n’a personne pour se changer les idées à la maison ; et côté boulot, personne pour échanger sur la situation à part les participants au complot de lundi matin.

« Complot ». C’est le seul mot qui vient à l’esprit de Mr DirecteurProduction. Et lui est devenu un complotiste. Il savait en entrant dans LEntreprise qu’il devrait peut-être, un jour, faire un peu de « politique ». Mais il espérait le plus tard possible et surtout de façon plus douce…

Le voilà déchiré devant un choix absurde et cornélien. Sa carrière a été une succession de réussites construites grâce à son excellence dans la définition et la mise en place de chaines de Production, à sa vista dans la résolution de problèmes au quotidien et surtout sa capacité à manager des équipes opérationnelles souvent sous pression. Il aime l’adrénaline du coup de feu. Le sentiment du travail bien fait après une journée de production bien remplie. Il est concret et efficace. Son professionnalisme lui a toujours permis de passer à travers les gouttes d’eau des « histoires » politiques qu’il a toujours considérées comme appartenant à un autre monde, une sorte de mal nécessaire dans les entreprises.

Mr DirecteurProduction savait aussi que pour percer le plafond de verre de ses responsabilités et de son influence, il devait accepter de viser des postes plus en contact des Directions Générales. Il l’a fait avec LEntreprise. Et évidemment, la conséquence qu’il craignait ne s’est pas fait attendre : il doit se positionner sur des questions de politiques qui, il se l’avoue, le dépassent un peu.

Il doit donc choisir entre la raison et suivre Mr Profit et par-delà le fond d’investissement dont la puissance financière ne fait pas de doute et qui est sûrement en position de force ; et le sentiment vis-à-vis de Mr BigBoss qu’il a vu combattre au cœur de la tempête du Covid. Il le respecte énormément, lui, mais aussi son acolyte Mr Run. Ce sont des aventuriers, des pragmatiques. Il se sent très proche d’eux. Et pourtant les circonstances le poussent à une sorte de trahison.

Décidemment, la vie n’est pas simple. Il va devoir se résoudre à choisir un camp ! Encore quelques nuits blanches en perspective. Heureusement dans 2 jours, il va prendre quelques jours de congés et rejoindre sa famille. Il va s’éclipser en espérant que les choses se décantent pendant son absence. Pas très courageux mais on sait jamais, parfois, en entreprise, la nature fait bien les choses…

Episode 7 : Silence radio

Lundi 31 août 2020

Presque deux semaines que Mr Run tente de joindre Mr BigBoss. Ce dernier avait juré qu’il se couperait du monde et il a tenu parole. Téléphone, mails, sms, réseaux sociaux : autant de bouteilles à la mer qui n’ont pas trouvé leur destinataire…

Mr Run fulmine. Son récent échange avec Mr Business, rentré de congés la semaine dernière, a confirmé ses soupçons de manœuvre de Mr Profit et son orchestre. En effet, Mr Business a été alerté par ses partenaires espagnols et italiens qu’ils ont été approchés par Mr Profit pour revoir sévèrement à la baisse leurs coûts de fabrication. La menace d’un désengagement de LEntreprise au profit de partenaires marocains, indiens ou chinois leur a été clairement signifiée. Mr Business en est d’ailleurs ulcéré car cette démarche détruit des années de travail pour établir une relation de confiance avec des partenaires qui ont toujours été fiables.

Mr Business a aussi raconté son entretien houleux avec Mr Profit à son retour. Mr Profit n’a pas hésité à tenter de l’intimider en faisant, selon les termes crus de Mr Business, « péter les galons ! ». En d’autres termes, il lui a intimé l’ordre de s’aligner sur la stratégie de LEntreprise qui est de s’ouvrir à l’international et de réduire ses coûts de production. Il a ajouté que s’il n’était pas d’accord, il pouvait démissionner. Mr Business en était encore tout retourné quand il s’est confié à Mr Run. Sa situation personnelle ne lui permet pas de se retrouver au chômage…

Mr Run tente encore tard dans la soirée un appel désespéré et, surprise, la tonalité fait place à une voix lointaine et brouillée mais une voix quand même !

« Allo oui ? » dit un correspondant méconnaissable.

  • « Mr BigBoss ? 
  • Oui c’est moi. Qui est à l’appareil ?
  • C’est moi, Mr Run. Vous m’entendez bien ? »

Un brouillamini de fritures occupe l’espace sonore un moment avant que Mr BigBoss reprenne : « Oui je vous entends à peu près. Je suis sur le bateau qui nous ramène à Gênes. Je serai rentré dans deux jours. C’est urgent ? »

Mr Run hésite. Faut-il gâcher ces deux derniers jours ou faut-il informer Mr BigBoss de la situation pour lui permettre de réfléchir à une contre-offensive pendant son chemin du retour et arriver en départ lancé à LEntreprise ? Le choix entre le personnel et le professionnel est toujours une alternative délicate. Il décide quand même de lui dresser en gros la situation car le temps presse.

Mr Run reprend : « Je crois que je vais saboter vos derniers jours en famille mais la situation à LEntreprise l’impose. »

Mr BigBoss le coupe :

  • « Quoi ?!? Tout a brûlé ? Des morts ?
  • Non et heureusement mais des agissements de Mr Profit ne vont pas vous plaire beaucoup.
  • Ah bon ? Quelles sortes d’agissements ? »

Mr Run réfléchit car il est un peu surpris de l’incrédulité de son patron. Les vacances lui auraient-elles lavé le cerveau ? Son détachement lui semble surnaturel. Il raconte : « Mr Profit est en train d’établir, contre votre avis, des relations avec des partenaires aux quatre coins du monde. Il casse les relations avec nos partenaires historiques. Il est dans une chasse aux coûts sans discernements. Et il a entrainé dans son élan Mlle Transformation, Mme DirFi et les autres directeurs embauchés l’année dernière. Mr Profit semble tellement sûr de son destin que je ne peux que m’imaginer qu’il a le support complet du fond d’investissement. »

Mr BigBoss a écouté avec attention malgré la mauvaise qualité de la ligne. Mr Run est silencieux et soulagé car il a enfin posé son fardeau sur l’épaule de Mr BigBoss. « Bon je crois que j’ai compris la situation. De là évidemment je ne peux rien faire. » Il ajoute en riant : « Je considère que cet échange est confidentiel même si j’étais entouré par des dizaines de touristes sur le pont du bateau ! Merci pour votre loyauté. Je crois que je vais en avoir besoin dans les semaines qui viennent. A bientôt ! »

« A bientôt Mr BigBoss… » – clic prématuré sur la ligne – Mr Run n’est pas certain que son message a été complet mais le voilà regonflé. Enfin, il n’est plus le seul à s’inquiéter du sort de LEntreprise.

Episode 8 : Marqué d’une pierre blanche

Mercredi 16 septembre 2020

Alors que le sujet du COVID reprend de la vigueur en ce mois de septembre où les états prennent la décision, avec le système des régions à risque, de jeter l’opprobre sur telle ou telle région, LEntreprise a d’autres chats à fouetter !

Depuis le retour de Mr BigBoss, les locaux sont devenus le décor d’une pièce de théâtre dont personne ne sait dire s’il s’agit d’une tragédie, d’un mélodrame ou d’une comédie. Les portes claquent comme à la Commedia dell’arte. Mr BigBoss et Mr Profit passent de longues heures à se disputer dans le bureau de direction. La rupture est officielle. Le CODIR est devenu un ring où les deux protagonistes se déchirent sous les regards muets et désolés des autres participants. Personne n’ose s’interposer. Mlle Transformation a quand même le courage de tenter de faire vivre un ordre du jour. Sans succès.

Mais aujourd’hui se réunit le premier « Bureau » de la rentrée. Cette instance de gouvernance traite justement des choix stratégiques de LEntreprise. Le seul point d’accord entre Mr BigBoss et Mr Profit était justement la tenue d’un Bureau extraordinaire. Participent à ce Bureau, outre Mr BigBoss et Mr Profit, un représentant du fond d’investissement, Mme DirFi et Mlle Transformation qui en assure le secrétariat.

Mr BigBoss sent immédiatement l’hostilité générale. Le responsable du fond reprend point par point la vision présentée à Mr Profit au mois d’août. Une façon comme une autre de valider la position de Mr Profit et de justifier toutes ses initiatives prises pendant l’absence de Mr BigBoss.

Le représentant ajoute : « Bien sûr Mr BigBoss vous contrôlez presque la majorité des voix en Assemblée Générale. Vous avez 50 % des voix, vos anciens amis 1 % et nous le reste soient 49%. Vous pouvez désavouer notre politique et remercier Mr Profit. Mais sachez que dans ce cas nous vendrons sans état d’âme nos parts à un investisseur qui sera peut-être encore moins conciliant que nous. »

« Je ne vois pas ce qui pourrait être pire. » coupe Mr BigBoss.

« Ecoutez », dit le représentant, « la crise a complètement perturbée l’écosystème économique. Tout le monde pilote dans le brouillard.  Seuls les acteurs qui auront les moyens financiers de maintenir leur bateau dans la tempête pourront survivre. Vous avez la chance d’être arrimé à un partenaire solide. Rien ne dit que vous serez demain dans la même situation. Alors réfléchissez ! »

A la surprise de tout le monde Mr BigBoss se lève. Il jette un regard circulaire sur chacun. C’est son gimmick et il sait que cela impressionne toujours. « Je vous ai compris comme dirait de Gaule ! Je ne vais pas discuter plus avant. » Il prend une feuille de papier, écrit un chiffre dessus, la plie en quatre et la jette au représentant du fond d’investissement. « Voilà ! Vous avez toutes les données de votre problème. » Il prend sa veste sur la patère et sort sans se retourner.

Mr Profit est blanc comme un linge. Mme DirFi et Mlle Transformation sont sidérées. Seul l’investisseur, ouvrant le papier, a un léger rictus dont personne ne sait dire s’il exprime la satisfaction, le cynisme ou juste un masque de façade.

Episode 9 : Une page se tourne

Mercredi 30 septembre 2020

Mr BigBoss debout dans son bureau regarde le soleil revenir après quelques jours plutôt grisâtres et humides, propices à la mélancolie.

L’annonce est tombée la semaine dernière. Mr Profit reprend la Direction de LEntreprise à compter du 1 octobre 2020. La communication a précisé que Mr BigBoss est chaleureusement remercié pour son engagement qui a permis à LEntreprise d’être ce qu’elle est. Mais Mr BigBoss a exprimé le souhait de donner – selon l’expression consacrée – une autre orientation à sa carrière sur des projets plus personnels. Le conseil d’administration adresse tous ses vœux de réussite à Mr BigBoss. Mr Profit présentera sa stratégie et sa nouvelle organisation courant du mois octobre. En attendant, le conseil rassure les collaborateurs sur la solidité de LEntreprise et ne doute pas de l’engagement des salariés qui ont su se mobiliser pendant une période difficile.

Cette communication, Mr BigBoss l’a bien sûr validée mais il ne peut s’empêcher d’en voir le côté cynique et hypocrite. « Remercier », « vœux de réussite », « nouvelle orientation à sa carrière » et le grand « on compte sur vous chers salariés » sont des standards du genre mais personne n’est dupe.

Bon Mr BigBoss reconnait qu’une communication du type : « Mr BigBoss faisant sa forte tête et ne suivant pas les directives des investisseurs, soutenues par Mr Profit qui lui est un gentil, les responsables du fond d’investissement ont décidé de « remercier » Mr BigBoss. On lui rachète ses parts et il fera ce qu’il veut derrière ce n’est pas notre souci. » serait du plus mauvais effet sur les équipes.

Plongé dans ses pensées, Mr BigBoss est interrompu par Mr Run qui frappe à sa porte. Mr Run vient faire un résumé de la situation dans les équipes. Mr Profit et Mlle Transformation tentent de cacher leur joie et leur euphorie. Ils sont sans concessions pour tous ceux qui tentent d’exprimer une objection. On lui a d’ailleurs signifier clairement qu’il était temps de prendre sa retraite et que sa présence n’était plus souhaitée.

Les nouveaux arrivés au CODIR comme Mme DirFi, d’ailleurs toujours en télétravail, ou comme le glandeur – Mr Run se lâche – Mr Marketing, s’attendent sûrement à de la promotion. Quant aux anciens, il a fait le tour et a été très surpris. Mme FonctionSupport a immédiatement fait allégeance à la nouvelle direction. Elle a mis tellement de temps à avoir ce poste qu’elle s’y accrochera coûte que coûte. Mme DRH a pris l’annonce avec beaucoup de philosophie. A 55 ans elle ne se voit pas commencer un nouveau challenge professionnel surtout avec son mari qui se remet doucement de son Covid. Mr Business est celui qui le préoccupe le plus. Il se sent coincé. Il est prêt à bouger mais il ne sait pas où et comment. Sa situation personnelle ne lui permet plus de faire n’importe quoi. Mr Run craint qu’il soit un orphelin très malheureux dans les semaines qui viennent.

Mr Run a aussi été surpris par des réactions très inattendues comme celle de Mr DirecteurProduction qui est sincèrement désolé de la tournure des événements et qui reconnait avoir beaucoup appris au contact de Mr BigBoss et apprécié son engagement et sa vision pour un développement local.

Mais la plus surprenante de toute à quand même été celle de Mme Build. Elle a confié avoir été contactée par Mr Profit pour entrer dans le CODIR. Les mois passés lui ont appris tous les ressorts du fonctionnement de LEntreprise et Mr Profit aimerait capitaliser sur ses connaissances d’autant plus qu’il a reconnu, en confidence, ne faire aucune confiance dans la capacité de Mme FonctionSupport pour redresser la situation dans ses équipes. Mr Run ajoute que le plus étonnant est que Mme Build a décliné l’offre en proposant bien sûr de continuer à aider LEntreprise dans le cadre de sa mission. Et elle a ajouté à Mr Run qu’elle était prête à rejoindre Mr BigBoss et lui-même s’ils se lançaient dans une nouvelle aventure. Une loyauté inattendue d’une partenaire externe !

Mr BigBoss a écouté avec attention Mr Run. Tout cela ne l’étonne pas. Une entreprise est un révélateur d’expériences et de comportements humains. Lui-même a été étonné de la rapidité avec laquelle il a pu convaincre ses amis historiques à vendre leur participation dans LEntreprise. Il s’attendait à plus d’attachement et plus de résistance.

Mais la révélation la plus importante qu’il s’apprête à dire à Mr Run lui semble indispensable pour éclairer Mr Run sur les événements récents : « Mr Run vous avez peut-être eu l’impression que je quittais un peu précipitamment le bateau et vous avez le droit d’être déçu. Mais le ver est dans le fruit depuis le jour où j’ai accepté d’entrer dans un nouveau modèle avec des partenaires. Je pensais ce modèle indispensable pour le développement de LEntreprise mais je n’ai jamais accepté de devoir composer avec des forces égales et contradictoires. C’est le modèle de nombreuses sociétés et ça n’empêche pas de les faire progresser. Mais j’avoue que ma capacité d’adaptation a eu des limites. A mon retour, j’ai joué l’opposition avec Mr Profit un peu pour la galerie et comme un combat d’arrière-garde. Mais ma décision de partir, sans être formalisée, a été prise depuis bien avant l’été. L’épisode du Covid n’a fait que de retarder l’échéance.»

Cette explication est le chaînon manquant qu’il manquait à Mr Run pour comprendre le comportement étonnant de Mr BigBoss de ces derniers jours. Il le remercie de sa franchise et de sa confiance et le quitte après une embrassade émue et chaleureuse qu’il n’avait jamais pensé possible un jour entre eux.

Mr Run parti, Mr BigBoss regarde une dernière fois son bureau qu’il n’a finalement occupé que quelques mois. Il se rend compte aujourd’hui que son attachement à ce lieu n’a jamais été fort. Peut-être un signe prémonitoire… Sans se retourner il sort de son bureau. Les bureaux sont déserts à cette heure tardive. Il monte dans son véhicule et quitte pour la dernière fois le parking de LEntreprise. Seul Mr Run a observé de loin, le regard humide, cette page qui se tourne.

Episode 10 : Nouveau départ

Lundi 7 décembre 2020

Libérable ! Mr Run se rappelle l’époque où appelé du contingent il ne lui restait plus que 2 mois de service militaire à tirer. Il vient d’avoir la date de liquidation de sa retraite et avec ses congés il va partir dans quelques semaines. Enfin partir… c’est une vue de l’esprit car il n’est déjà plus là. Surtout que ces relations avec LEntreprise sont au point zéro : peu de contacts, sauf avec la DRH pour sa retraite, pas de directives, pas de comptes à rendre. Une totale liberté qui se camoufle complètement en ce nouvel épisode de confinement car la faucheuse Covid a repris du service.

Il marque un point d’honneur à venir tous les jours dans les locaux de LEntreprise mais il fait vraiment figuration. Seuls Mr DirecteurProduction et Mme Build lui demandent des nouvelles et passent un moment d’échange avec lui.

Son épouse est ravie de sa présence à la maison mais il a besoin d’une période d’adaptation à ce nouveau rythme de vie. Il ne se sent pas prêt à tout arrêter pour aller à la pêche, sport qu’il n’a jamais pratiqué d’ailleurs.

En cette période de préparation des fêtes de noël dont personne ne comprend encore la forme qu’elles prendront avec toutes ces mesures sanitaires, le père Noël se manifeste sous la forme d’un coup de téléphone.

« Allo Mr Run ? » Il reconnait immédiatement la voix de Mr BigBoss, disparu des radars depuis le mois d’octobre.

  • « Oui c’est moi. Ça fait vraiment plaisir de vous entendre, Mr BigBoss. J’ai cherché à vous joindre plusieurs fois sans succès. 
  • C’est pas étonnant j’ai coupé tous les liens avec le monde en m’isolant dans un monastère pour une retraite. J’avais vraiment besoin de prendre ce recul. Je n’étais pas préparé à vivre tous ces événements : le Covid, la naissance de ma fille et ma mise à l’écart. Il fallait que je m’interroge sur le sens de ma vie. J’ai été magnifiquement aidé par des coachs et aussi mon épouse. »

Mr Run surpris et curieux : « Et alors ça donne quoi cette réinitialisation du cerveau ? »

Mr BigBoss d’une voix sage et sereine explique : « J’ai réussi à faire le clair dans mon esprit. Je ne suis évidemment pas fait pour vivre comme un rentier – pourtant je pourrais mais…non ! J’ai identifié mes trois piliers pour construire ma vie. C’est un besoin fort de liberté, l’envie de développer une affaire et un projet et je veux aussi voir ma fille grandir ! »

Mr Run trouve que cette discussion prend une tournure intime et philosophique qu’il ne se rappelle pas avoir jamais eu en plus de 15 ans de relation professionnelle.

Il reprend légèrement caustique : « Et concrètement vous allez faire quoi sur ces trois piliers ? »

Mr BigBoss, plus chaleureux répond avec son phrasé enthousiaste et passionné que reconnait immédiatement Mr Run : « C’est justement l’objet de mon appel. Je vais relancer une affaire. A l’heure où la France veut être la start-up nation, l’écosystème est favorable. Oui c’est la crise mais cette crise aura une fin c’est certain. Et du coup j’ai pensé vous embarquer dans l’aventure. »

Mr Run est décontenancé. Des sentiments mêlés : la fierté d’avoir été contacté, la joie de ne pas être considéré comme inutile et la crainte aussi de ne pas supporter le rythme d’un nouveau challenge professionnel. Il le dit à Mr BigBoss qui lui répond : « Il n’est pas question pour vous de prendre un rôle opérationnel. Je vous propose de vous associer avec moi et de jouer un rôle de conseil. »

Il ajoute : « Moi-même je ne veux pas être aussi impliqué sur la gestion opérationnelle qu’au temps de LEntreprise. J’ai d’ailleurs une information qui devrait vous plaire. Pour la direction opérationnelle de notre future start-up, j’ai l’accord d’une personne qui nous a été fidèle. Mme Build ! Elle est prête à quitter le confort de son cabinet de conseil dès que notre affaire sera prête à se lancer ! Je vous laisse y réfléchir. Il n’y a pas d’urgence. Laissons passer les fêtes de fin d’année et reparlons-en début 2021. De mon côté je dois étayer et préciser notre projet. A bientôt et bonnes fêtes. »

Et il raccroche ! Mr Run ne peut s’empêcher de penser que finalement une retraite au fin fond d’un monastère n’a pas effacée le tempérament de feu de Mr BigBoss.

Mr Run commence à s’imaginer l’aventure avec Mr BigBoss, Mme Build et lui-même. Un beau trio en perspective… En attendant sa femme l’appelle pour aller faire les courses. Ces contraintes domestiques l’agacent mais à partir de maintenant il sait qu’une lumière brille au fond du tunnel…


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Crédit photo : photo détournée d’après l’excellente collection pour enfant « Monsieur Madame »

© Ecrit par Jean Méance aidé de Martine Méance en août et septembre 2021

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