Sunderland til I die saison 2 : quand engagement et gestion rigoureuse ne suffisent pas

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Un an déjà a passé depuis mon billet « Sunderland til I die : quand le management bienveillant est dans l’impasse », et Netflix propose une saison 2 pour suivre l’histoire chaotique du fameux club du nord-est de l’Angleterre. Une fois encore, si les amoureux du football en auront pour l’argent de leur abonnement, si les passionnés des séries à suspens trouveront un intérêt à suivre le parcours sportif parsemé de matchs « couperets », la série est de nouveau très inspirante sur le plan du management surtout pour ceux, parmi vous chers lecteurs, qui sont ou seront en situation de reprendre une direction, une entreprise ou plus simplement une équipe et ses activités.

Ce que raconte l’histoire

A la fin de la saison 1, nous avions laissé le club Sunderland AFC en pleine déconfiture : nouvelle rétrogradation, la deuxième en deux ans, abandon de poste de son principal sponsor et Président (Ellis Short), déception et dépression des supporters, et finalement rachat du club par Stewart Donald qui a fait fortune dans les assurances. Stewart Donald est un passionné de football. Il possède déjà un petit club et des participations dans un autre. Il cherche manifestement à grandir dans ce milieu et trouve, dans le rachat du club de Sunderland, l’opportunité pour progresser avec une équipe au passé prestigieux et pour laquelle il a l’ambition légitime d’un rebond sportif avec une remontée immédiate. La saison 2 couvre l’année complète de la compétition en championnat 2018/2019 ainsi que l’épopée en EFL Trophy, sorte de coupe d’Angleterre pour les « petits clubs ». Le parcours va connaitre des hauts et des bas pour se terminer par un final toujours aussi porteur d’espoir et de…désillusion.

Reprendre une activité et en découvrir le passif

Stewart Donald, aidé par Charlie Methven nommé directeur général, fan comme lui du club d’Oxford, reprend donc les rênes du Sunderland AFC et commence par découvrir l’étendue du défi financier. Leur étonnement nous étonne ! On peut se demander sur quelles bases économiques ils ont évalué le club lors de son rachat. Les pertes d’exploitation sont structurelles. Les charges ont explosées. Les salaires des joueurs sont beaucoup trop hauts pour cette division. Certains investissements passés ont été le fait du prince comme cette chambre de cryothérapie qui a coûté un bras et qui n’a été utilisée que par une seule personne du staff précédent, même pas un joueur ! Côté revenu, peu de recettes à attendre d’un effectif de joueurs qui s’est déprécié et pour les places et les abonnements les supporters sont dans l’expectative. Stewart et Charlie mesure le travail qu’ils ont devant eux. Stewart en véritable cost-killer chasse tous les surcoûts. Leur enthousiasme reste intact mais ils atterrissent sur la réalité des chiffres.

Vouloir transformer les choses…

Charlie Methven dans un style de management direct, très focus sur les résultats, présente à son staff ses premières idées pour transformer le club. L’approche est celle d’un professionnel de la communication et du marketing. Il cherche une histoire qui devienne l’Histoire à raconter. Il veut un nouveau départ et trouve comme idée de remplacer un symbole…la musique envoyée quand les joueurs entrent sur le terrain avant un match ! Les regards que se lancent les membres du staff présents suffisent à mesurer l’effort de conviction que Charlie devra déployer…

…et se faire adopter par la base

Stewart Donald est conscient qu’il n’est pas un enfant du pays. Dans cette région économiquement sinistrée, n’est pas adopté par les fans de Sunderland qui veut. Stewart trouve l’occasion dans la réhabilitation des sièges du stade, où chacun vient donner son coup de peinture, pour se montrer prêt à mettre lui aussi la main à la pâte au milieu des bénévoles. On sent bien qu’il n’est pas à l’aise au milieu de ces gens qu’il ne connait pas et qui ont un mode de vie très différent du sien dans l’Oxfordshire. Mais Stewart va avoir l’obsession pendant toute la saison de se rapprocher des fans du club pour finir même sur les derniers matchs à suivre les rencontres dans les tribunes au milieu des supporters.

Charlie Methven de son côté, toujours avec son style franc et direct, arrive à se faire adopter lors d’une réunion avec les clubs de supporters où il doit rétablir la confiance devant la crainte d’être vus comme de simples spéculateurs de passage sans attaches avec le club. Son intervention est remarquable, à reprendre dans toutes les écoles de management. Dans ce pub très anglais où brillent les pintes de bière, il parle avec honnêteté de la situation financière du club et de ses dysfonctionnement. Il s’engage à redresser la barre et surtout il embarque les supporters dans la suite de l’épopée : « C’est votre club, nous sommes là pour le gérer ». Il leur parle comme à des adultes et emporte leur adhésion.

Montrer que c’est possible

Pour être crédible de nouveaux managers doivent aussi prouver que leur méthode fonctionne sur le terrain. Charlie Methven décide de la programmation d’un match à domicile pendant le boxing day, période de Noël, pour lancer le défi de battre le record du nombre de tickets vendus pour un match de troisième division. Il déploie tout son savoir-faire sur le plan de la communication et du marketing. Il bouscule les équipes (on voit d’ailleurs qu’elles n’en ont pas l’habitude – la responsable de la communication est en souffrance totale même si elle tente de faire bonne figure devant les caméras). C’est l’occasion pour Stewart et Charlie de constater que plus personne dans le club ne prend d’initiative. Pourtant grâce à cette débauche d’efforts, le défi est relevé, plus de 40 000 spectateurs, preuve que le club a des ressources humaines qu’il faut savoir remettre au travail sur des objectifs ambitieux.

Réussir sur le plan financier sans atteindre les objectifs sportifs

Sur la plan sportif, une finale en EFL Trophy et une finale dans les play-off pour la montée en division supérieure, toutes les deux perdues, sont un bilan insuffisant pour répondre aux attentes des dirigeants et des supporters. La déception est immense et pourtant Charlie Methven indique que le club en 12 mois est passé d’une perte de 20 millions de Livres à l’équilibre !!!

Quand engagement et gestion rigoureuse ne suffisent pas

Cette saison 2 raconte très bien l’histoire de la reprise d’une entité par des nouveaux propriétaires et managers qui arrivent de l’extérieur. Le défi pour eux prend plusieurs aspects : défi économique pour redresser les finances, défi managérial pour remettre les équipes au travail et redynamiser un staff qui ne s’est pas remis en question depuis de nombreuses années en vivant dans une certaine opulence un peu déresponsabilisant (on comprend mieux au passage le management bienveillant de la saison 1), défi de légitimité pour se faire accepter de l’écosystème même de Sunderland et de ses supporters et évidemment, le plus visible, le défi sportif.

L’engagement de Stewart Donald et Charlie Methven pour redresser le club est manifeste pendant toute la série. Beaucoup de bonne volonté pour s’approprier les valeurs du club et de la région, pour se faire adopter en montrant l’exemple et en établissant les relations sur un mode adulte et responsable.

Ils ont relevé le défi économique grâce à leur gestion rigoureuse qui remet le club financièrement sur de bonnes bases, le défi managérial même s’il reste quelques réticences en interne mais le changement ne plait jamais à tout le monde et le défi de légitimité au près des supporters.

Tout cela n’a pas suffit à relever le défi sportif car dans le football comme dans les entreprises deux facteurs sont à intégrer le temps et un peu de chance. Le temps a manqué car 12 mois est une durée probablement trop courte pour reconstruire une équipe. Et la chance aussi qui s’exprime sur le terrain par les quelques centimètres qui font que le ballon entre dans le but ou passe à côté. Dans toutes les entreprises, le facteur chance joue. Evidemment la chance peut se provoquer en réduisant notamment les risques par le recrutement de compétences, par la recherche et l’innovation, par l’étude du marché. Mais il n’y a jamais 100 % de probabilité de réussite d’un produit ou d’un business. Stewart et Charlie n’ont pas bénéficié de ce facteur chance.

Avec plus de temps et armés de l’expérience acquise pendant cette première année, réussiront-ils à relever le défi sportif qui est le plus important pour le club car c’est le cœur de l’activité et de la raison sociale ? C’est tout l’enjeu d’une saison 3 que j’attends avec impatience.



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Crédit photo : newcastle chronicle

© Ecrit par Jean Méance en mai 2020

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