Prison break : peut-on construire une équipe efficace avec des ennemis ?

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Décidément Prison Break m’inspire ! Après la Métaphore du Taj-Mahal, le visionnage des 5 saisons m’interpelle sur les règles pour monter une équipe. En effet, afin de constituer un collectif, nombreux sont les conseils disponibles pour présenter les bonnes pratiques telles que définir un objectif commun, soigner la communication, bien définir le rôle de chacun, établir des feed-backs, être à l’écoute de chacun, mettre une bonne ambiance… Plus rarement il est question de la disposition affective, ce que les psychologues appellent « l’affect », entre les membres de l’équipe. Intuitivement, nous pourrions penser que plus les personnes s’apprécient, plus l’équipe sera efficace. Prison Break bat cette impression en retrait et soulève la question « Peut-on construire une équipe efficace avec des ennemis ? »

Prison Break : l’ami de mes ennemis n’est pas forcément un ennemi

Le scénario de la série Prison Break est assez nerveux. Il aménage des surprises et des coups de théâtre régulièrement, dans le but de générer un rythme haletant pour le spectateur. Un des leviers utilisé par les scénaristes est de jouer sur l’ambiguïté de chaque personnage en le situant successivement du côté des « gentils » ou des « méchants » selon les besoins des péripéties de l’histoire. Evidemment, la morale est sauve car les héros resteront du côté des « gentils »…

Cette intention sur l’évolution des personnages permet aux scénaristes d’imaginer des situations où les circonstances imposent aux personnages de se détruire ou de collaborer. Au fil de l’histoire, les équipes se font et se défont. Ce qui est intéressant pour notre sujet est que des personnages, antagonistes dans le passé, qui se détestent, vont collaborer et réussir leur mission.

Cette fiction directement produite par l’imagination des scénaristes de Prison Break trouve-t-elle sa traduction dans la réalité ?

Quelles circonstances en entreprise obligent des adversaires à coopérer ?

Les entreprises ne vivent pas hors sol dans un monde de bisounours où tout manager pourrait constituer l’équipe de ses rêves selon ses besoins et dans toutes les circonstances. Au contraire, les entreprises se rachètent, fusionnent, se réorganisent, se transforment, changent de direction… Bref autant d’événements qui conduisent les entreprises et leurs ressources humaines à s’adapter.

Darty et la FNAC qui fusionnent, rachat du Crédit Lyonnais par le Crédit Agricole, rachat de Compaq par HP ou, plus loin de nous, Peugeot qui a absorbé SIMCA puis fusionné avec Citroën, tous ces exemples, parmi tant d’autres, illustrent qu’aucun secteur, aucune entreprise n’est épargnée par des mouvements de restructuration externes et souvent, par voie de conséquence, internes.

L’effet de ces changements est, notamment, de rassembler sous le même étendard des personnes qui ont été adversaires pendant des années et qui se retrouvent, portant le même maillot, dans l’obligation, au moins professionnelle, de tirer dans le même sens…

Il existe aussi des situations de transformations internes où des équipes sont rassemblées pour plus d’efficacité, où des personnes aux positions antagonistes dans l’entreprise doivent collaborer. Au passage, je dirai d’ailleurs que ce n’est pas forcément plus facile de faire travailler ensemble des personnes avec des différents et  qui viennent de la même entreprise.

Quand une équipe est constituée de personnes antagonistes, comment cela peut-il marcher ?

Une fois posée la certitude de la nécessité de devoir travailler avec ou de faire travailler ensemble des personnes au passé antagoniste, la question suivante est comment cela peut-il marcher ?

Dans Prison Break ça marche car il est toujours mis en avant que les personnages collaborent pour atteindre un objectif commun pour lequel ils/elles ont tous un intérêt personnel.

Ce point est l’incontournable pour que cela marche ! C’est d’ailleurs une condition de réussite de toutes les équipes : il faut que l’objectif commun serve aussi les objectifs individuels de chacun. Ce peut être d’ailleurs un simple objectif de reconnaissance ou d’appartenance mais il faut qu’il soit concrètement exprimé.

Quels sont alors les risques principaux quand les membres de l’équipe ont un affect négatif bien qu’elles partagent un objectif commun ?

Le niveau d’inimitié est le risque principal

La réponse est dans le niveau d’inimitié. Pour déterminer le niveau d’inimitié, il faut revenir à la source de l’antagonisme entre les personnes en identifiant le contexte de leur différent :

  • Ont-elles été concurrentes sur le même marché avec des luttes loyales lors d’appels d’offre ou ont-elles été adversaires sur un marché sans foi ni loi où tous les coups sont permis ?
  • Ont-elles été en désaccord profond sur des idées qu’elles défendent à titre personnel ou ont-elles été plutôt en désaccord sur des positions de principe qu’elles devaient défendre pour être alignées avec leur structure d’appartenance ?
  • Un ancien adversaire est-il devenu dans le cadre d’un transfert ou d’une mobilité, un partenaire volontaire prêt à se fondre dans son nouveau collectif ?

Dans la liste de contexte ci-dessus, non exhaustive, il sera plus ou moins facile d’effacer les blessures du passé pour se projeter dans l’avenir.

Dans Prison Break, j’aime beaucoup les moments où un personnage en torture un autre physiquement en lui disant « Ceci n’a rien de personnel. Je suis juste un professionnel qui fait son job ! » Dans la vraie vie, pas sûr qu’une bonne humiliation soit effacée juste parce qu’elle était nécessaire dans le contexte professionnel.

Je vois pour ma part trois niveaux d’inimitié à prendre en compte pour mesurer le risque sur l’efficacité de l’équipe :

  • L’inimitié très contextuelle qui s’efface dès que le contexte change. Le risque propre à l’inimitié est nul. Tout le monde va oublier les affaires passées voire même en rire.
  • L’inimitié est la conséquence d’attaques ou d’humiliations personnelles qui ont fait mouche. Le risque propre à l’inimitié est moyen car tout le monde n’a pas la capacité d’oublier un affront personnel. L’animateur du groupe devra avoir en tête la sensibilité de la relation et être prêt à traiter toute montée de fièvre qui pourrait être nuisible à l’équipe.
  • L’inimitié est la conséquence de valeur et de vision du monde différentes et irréconciliables. Le risque propre à l’inimitié est fort car tout le monde n’a pas la capacité à oublier ses convictions personnelles. Dans cette situation, le rôle du manager est clé pour tenir ses troupes dans un environnement affectif explosif. Il faudra centrer sans cesse la préoccupation de l’équipe sur l’objectif.

Vous l’avez compris, il est probablement moins grave de prendre un soufflet ou un quolibet que de se faire traiter de « communiste / capitaliste » ou de « catho/mulsulman/juif »…

Ce niveau d’inimitié est-il immuable et une fatalité qui s’abat sur l’équipe ?

La réussite de l’équipe peut faire bouger les lignes

Dès lors que l’objectif commun permet aussi d’atteindre un objectif personnel pour chacun, la réussite de l’équipe conduit à une amélioration de la situation de chaque membre de l’équipe. Amélioration morale (reconnaissance, appartenance, succès), financière (prime, augmentation, promotion) ou politique (visibilité, succès).

Plus la réussite est associée à un effort collectif intense, plus la relation interpersonnelle a été forte et forcément positive car le résultat est au bout. La construction d’une histoire commune heureuse, malgré des difficultés, fait évoluer le regard des uns sur les autres. Les anciens ennemis ne deviennent pas forcément des amis mais le respect s’installe et l’affect négatif s’estompe.

Le personnage d’Alexander Mahone illustre parfaitement cette évolution dans Prison Break. Agent du FBI, chargé d’éliminer tous les évadés, dont les héros, pour étouffer le scandale d’état possible, Alexander Mahone finit par faire équipe avec les mêmes personnes qu’il devait supprimer…

Peut-on construire une équipe efficace avec des ennemis ?

Pour conclure et répondre à la question initiale, ma conviction est qu’il est possible de construire une équipe efficace malgré l’inimitié entre membres des équipes dès lors qu’un objectif commun sert des objectifs individuels et que la nature de l’inimitié soit bien qualifiée pour en limiter le risque sur l’équipe.

Si vous avez une expérience d’équipe qui a embarqué des ennemis, n’hésitez pas à réagir et à partager votre expérience…

Lien vers vidéo medley Alexander Mahone dans Prison Break

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Crédit photo : prisonbreak.fandom.com

 © Ecrit par Jean Méance en septembre 2020

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