Chernobyl : l’humain maillon fort ou maillon faible ?

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L’explosion de la centrale nucléaire de Tchernobyl est le genre d’événement qui marque une vie. Personnellement j’étais en vacances en Italie en ce mois d’avril 1986 quand le nuage radioactif, sensé s’arrêter à la frontière du monde occidental, est passé au-dessus de nos têtes. En novembre 2016, mon fils Stephen a vécu le privilège de filmer les premiers déplacements de la gigantesque arche de Novarka construite pour sanctuariser le tristement célèbre réacteur n°4. Il en a dressé un témoignage étonnant que je vous conseille de lire (lien en fin de cet article).

La série Chernobyl, produite par HBO et Sky, disponible sur OCS en France, est l’un des cartons d’audience, pour ne pas dire LE carton, de ce premier semestre 2019. Cette série tente (et réussit) d’expliquer l’enchaînement des événements de quelques heures avant l’explosion jusqu’au procès des principaux responsables. Elle le fait avec beaucoup d’habileté en maniant faits avérés et fiction pour obtenir un propos fluide et pédagogique. Quelques écologistes pourront regretter que ce ne soit pas un plaidoyer anti-nucléaire plus appuyé ou certains libéraux déplorer que l’expression d’un anticommunisme « primaire » ne soit pas plus forte.

Chernobyl pose la question du rôle de l’humain coincé entre la politique et l’ignorance et qui ne peut opposer qu’une grande résilience individuelle et collective. Alors l’humain maillon fort ou faible de cette affaire ?

Quand politique et ignorance prennent le pas…

L’explosion du réacteur 4 de la centrale Vladimir Ilitch Lenine – on ne peut pas faire mieux pour le symbole – sidère tout le monde. Des commissaires politiques aux experts en physique nucléaire en passant par les managers et les techniciens de la centrale, personne n’a envisagé ou même simulé un tel événement. Ce n’est pas de l’incompétence mais bien de l’ignorance. Il faudra plusieurs mois de recherche et des litres de « jus de cerveaux » des plus éminents spécialistes pour comprendre l’enchaînement des événements qui a conduit à cette explosion. C’est très bien expliqué dans le dernier épisode lors du jugement des responsables et je ne vous en dirai pas plus…

Je reviens plutôt sur la cellule de crise où la gestion politique de l’accident prend le pas. Cela commence par une minimisation de l’importance des conséquences de l’accident, confortée par les appareils de mesure de l’exposition aux rayonnements, bridés à un niveau de röntgen (unité de mesure) très bas. L’impact sur la santé public est écarté d’entrée au profit d’une communication rassurante sur la maîtrise de la situation. L’importance est de gérer l’impact sur l’image des sections politiques locales dans le pays et par contagion l’image de l’URSS dans le monde. Pendant ce temps-là, l’incendie fait rage. Le réacteur 4, béant, recrache ses radiations en quantité mortelle. Seul l’engagement borné d’un scientifique, Valeri Legassov, associé avec un vieux renard du parti communiste, Boris Chtcherbina, permettra de prendre conscience de la gravité de la situation et de la nécessaire mobilisation des moyens.

… la résilience est souvent la meilleure réponse

Chernobyl raconte la succession d’actes héroïques individuels : ici l’entêtement d’un scientifique pour comprendre ce qui s’est passé, là l’engagement d’un militaire pour repousser, dans le trou laissé par le réacteur, des éléments radioactifs avec des moyens rudimentaires en vue de le recouvrir de béton ; mais aussi d’actes de bravoure collectifs avec notamment ce groupe de mineurs qui creuse en un temps record un tunnel pour consolider la base du réacteur qui menace de s’effondrer.

Quand la situation est grave et désespérée, que faire quand la politique a fait perdre un temps précieux en inhibant l’évaluation objective de l’accident et quand l’ignorance paralyse la réflexion, l’action et retarde l’identification de solutions ? Le courage, l’acharnement endurant, la force morale, en un mot la résilience est la meilleure réponse à apporter. Etre actif, ne pas débrancher son cerveau, faire confiance, être collectif, être honnête avec soi et avec les autres… L’humain est bien le maillon faible qui provoque la catastrophe mais aussi le maillon fort pour trouver une issue. Quand l’humain est le problème il est aussi souvent la solution. Au-delà du fond du sujet du nucléaire, c’est bien la leçon finalement optimiste que je retiens de cette série.

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Crédit photo : science & Avenir : image de la série Chernobyl produite par HBO et Sky

© Ecrit en juillet 2019

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