Budget, Grand Débat, Méthode et gilets jaunes

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Bientôt un mois que le Grand Débat national a été lancé en Normandie. Il est trop tôt pour savoir si cette initiative du gouvernement, pour répondre au mouvement des gilets jaunes, sera un succès mais je m’interroge sur la méthode pour traiter les propositions des citoyens et leurs conséquences dans l’action future de l’exécutif.

Les entreprises connaissent bien cette question lors du beau marronnier de l’exercice annuel de plan/budget. Si l’adage veut que tout se termine par des chansons, la réalité est moins poétique et tout projet commence par une ligne inscrite au budget car sans moyens pas d’action d’envergure possible.

La démarche du Grand Débat, même si elle tente de se structurer en 4 thèmes, reste ouverte aux quatre vents des demandes exprimées par une population aux attentes multiples et complexes dans un XXI ème siècle mondialisé et fracturé. Je fais le pari (pas très risqué) que le premier livrable que va produire le Grand Débat sera une belle liste au Père Noël à transformer en projets avec les moyens qui vont avec.

Que va bien pouvoir faire le gouvernement avec tout ça dans le prochain projet de loi de finance ?

Changement de méthode de Top-Down à Bottom-Up

Depuis le début du quinquennat, le gouvernement, dans son désir d’aller vite dans les réformes, a été très directif. Il a assumé d’avoir un cap et de s’y tenir. C’est respectable. Mais quand le choix des projets et donc des moyens alloués se font suivant une méthode Top-Down, c’est à dire que la tête décide et les autres exécutent, les conséquences peuvent être à double tranchant : soit une efficacité de l’action quand les résultats sont au rendez-vous, soit un rejet complet de la masse en l’absence d’améliorations. Cette méthode Top-Down a fonctionné pendant la première année de grâce du Président E.Macron mais elle a été stoppée net cet automne par le mouvement des gilets jaunes.

Du coup, l’initiative du Grand Débat marque un changement de méthode en installant une démarche Bottom-Up où « la base » exprime le besoin. L’enjeu pour la tête devient de sélectionner les bons projets. Dans les entreprises, il est question alors d’alignement stratégique du plan qui représente l’ensemble des projets inscrits ou à inscrire. Alignement stratégique est un terme élégant pour indiquer que les projets retenus seront ceux qui sont en phase avec la stratégie de la Direction Générale qui finalement garde quand même la main sur les arbitrages définitifs. Chacun a pu s’exprimer ou a eu l’illusion de s’exprimer.

Dans le cas de l’entreprise France, la méthode Bottom-Up va poser au moins deux questions : comment traiter une liste de demandes très volumineuse ? sur quels critères choisir les demandes à retenir ?

Le Big Data et l’IA pour sortir les grands sujets ?

Donner plus de moyens à l’éducation qui est déjà un des premiers postes de dépense au budget, réformer l’état pour réduire les coûts sans réduire la qualité de service, diminuer les impôts en gardant les moyens de la politique sociale et des investissements en l’avenir, sauver l’écologie sans installer d’éolienne dans les paysages, améliorer le pouvoir d’achat en gardant les entreprises compétitives, améliorer la sécurité intérieure et extérieure sans prendre de mesures liberticides, traiter la question des migrants et rester un pays d’accueil de toutes les libertés à commencer par celle de vivre décemment…

Mais quelle chienlit ! dirait de Gaule. Je crains en effet que la liste au Père Noël ressemble à une litanie de paradoxes et de contradictions. Comment extraire ne serait-ce que des lignes de force de ce magma qui, ne l’oublions pas, dépassera en volume tout ce que les partis politiques traditionnels ont l’habitude de collecter et de traiter pour construire leur programme en fédérant des groupes de travail et des réflexions d’experts ?

Je ne crois pas à l’efficacité du dépouillement et de l’analyse de l’ensemble des demandes par des hommes et des femmes, aussi intelligent-e-s soient-ils et aidé-e-s par des virtuoses d’excel car le temps va manquer (quelques semaines alors qu’il faudrait des mois).

L’heure a peut-être sonné d’utiliser les technologies du Big data et de la Datascience pour sortir les signaux faibles, les nuages de mots, les corrélations d’idées selon des méthodes qui s’affranchissent des dogmes et des idéologies car les modèles mathématiques sont agnostiques. Je ne sais si les responsables du Grand Débat y ont pensé mais je leur suggère de regarder cette opportunité…

Commencer par le budget Zéro pour ne pas rêver

En supposant que l’exploitation des données du Grand Débat permette d’identifier des projets, je pense que la longueur de la liste et surtout les moyens pour réaliser ces projets ne seront pas en phase avec la capacité financière de la France.

J’entends beaucoup parler des 1000 Mds de budget mais quand on ouvre le PLF 2019 il n’est question que de, en gros, 400 Mds de dépenses pour 300 Mds de recette. Je suppose que le reste est décidé ailleurs dans la gouvernance des prestations sociales et de l’assurance chômage. Les documents disponibles sur internet permettent d’avoir un certain détail pour comprendre la structure de dépenses et de revenus. En revanche, difficile d’évaluer le budget zéro c’est à dire le minimum vital pour fonctionner sans évolutions. Le concept est facile à comprendre, imaginons une entreprise dont la capacité budgétaire est de 100, il sera possible de réaliser plus de projets avec un budget zéro à 50 (reste 50 pour les projets) qu’à 90 (plus que 10 pour les projets) !

Que trouve-t-on dans ce budget zéro ? A minima, les dépenses de fonctionnement, les amortissements des investissements des années précédentes et le remboursement de la fameuse dette.

En regard de l’enjeu de 1000 Milliards mis en général sur la table, quel est le budget zéro de la France ? Quelle est en conséquence la marge de manœuvre du gouvernement ? Cette donnée n’est pas mise au cœur du Grand Débat et du coup chacun se prend à rêver que tout sera possible.

Arbitrer les projets : un dilemme pour LAREM

Muni de l’inventaire des demandes et l’évaluation des moyens disponibles, le gouvernement devra arbitrer (choisir) les projets à faire. Ce que j’ai appelé plus haut l’alignement stratégique du plan.

La République en marche va se trouver probablement face à un dilemme :

  • ne pas changer son cap et choisir finalement les projets les plus proches de son programme initial. Il faudra alors beaucoup de pédagogie pour combattre le sentiment du « tout ça pour ça » appelé aussi le syndrome de la « montagne qui accouche d’une souris » ;
  • changer son cap et choisir des projets en rupture du projet politique initial. C’est un peu ce que les deux Présidents précédents on fait avec en récompense pour eux un échec électoral à la clé.

Tout le génie politique de LAREM et de son chef de meute E.Macron sera de trouver l’équilibre subtil entre ces deux options.

Mais n’est-ce pas cela faire de la politique qui ne soit pas politicienne ? Trouver les projets qui feront progresser l’ensemble du pays et effacer l’impression que certaines catégories de personnes sont mieux servies que d’autres ?

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Crédit photo : site du sénat sur le projet de Loi Finance 2019infographie Top-Down/Bottom up du site Organizational PhysicsGrand Débat national page site mairie de La Baule

Liens : PDF de la version de septembre du Projet de Loi de Finance 2019 dont j’ai extrait les chiffresArticle remarquable du monde avec une superbe infographie pour comprendre la structure du budget (2018)

© Ecrit par Jean Méance en février 2019

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