En situation de fusion / acquisition ? Petits conseils de survie

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Janvier 1996, réunis à la convention de cadres de la banque Indosuez, nous écoutons Gérard Mestrallet, alors Président du Groupe Suez, nous expliquer, malgré les rumeurs, que la banque Indosuez n’est pas à vendre et que le groupe ne se séparera pas de son fleuron bancaire. Avril 1996, la Caisse Nationale du Crédit Agricole (CNCA) et le groupe Suez annoncent un protocole de cession de la banque Indosuez à la banque verte avec une montée en puissance progressive, sur 3 ans, du Crédit Agricole au capital d’Indosuez. Finalement, Indosuez sera complètement cédée dès 1997 pour s’appeler Crédit Agricole Indosuez avec la fusion dans les activités de la banque Indosuez, des activités de marché de la CNCA et de toutes celles de la banque Unicrédit.

Automne 2002, samedi 23H, je suis en plein Week-End de Bascule du nouveau système Registrar de Crédit Agricole Indosuez Luxembourg, quand tombe la nouvelle de l’offre de BNPP pour le rachat complet du Crédit Lyonnais. Elle ne laissera pas sans réaction le Crédit Agricole qui fera une contre-proposition qui sera finalement gagnante pour une fusion complète des activités des deux groupes bancaires en été 2003, date de mon retour en France.

Novembre 2008, lors de la convention nationale des Caisses Régionales du Crédit Agricole à Nice, alors que nous sommes au cœur de la crise financière des subprimes, les Caisses Régionales, qui ont réfléchie sur la banque du futur, prennent une initiative stratégique audacieuse pour refondre leur système d’information pour répondre aux nouveaux défis (et à l’époque il n’était pas encore question du digital !). Ce sera la genèse du programme NICE, premier programme IT européen par son budget entre 2010 et 2013.

Ces trois événements, je les ai vécus « de l’intérieur ». Du coup est-ce un drame ces fusions/acquisitions ? Ben heu…non ! Pour peu qu’on se mette dans la bonne posture mentale pour transformer la menace sur son quotidien en opportunité professionnelle et personnelle. Certes mais n’est-ce pas facile à dire quand on est bien dans son job, qu’on se sent reconnu et que le risque de tout perdre est important en sortant de sa zone de confort ? Sûrement que le risque existe, mais comme dit l’adage « la peur n’évite pas le danger » et c’est la raison pour laquelle je vous propose des petits conseils de survie en milieu hostile qui peuvent s’avérer un outil profitable pour effectuer un rebond de carrière positif. Je peux même dire que je les ai testés pour vous !

L’annonce tombe mais il n’y a pas le feu !

En France, les contre-pouvoirs en entreprise sont importants, et je dirai même que plus le groupe est puissant plus ces contre-pouvoirs sont forts. Le cadre légal financier, juridique et RH, les processus sociaux vont durer un certain temps. Inutile de paniquer lors de l’annonce ! Par contre elle ouvre une période à bonifier pour se préparer à la suite.

La période grise : mieux se connaitre pour transformer une menace en opportunité

Les annonces d’états-majors c’est bien mais les traduire dans les faits c’est mieux. La préparation est un gage de réussite des grandes transformations sauf que le délit d’entrave ne permet pas d’y associer tout le monde et en général une période grise permet à un groupe de collaborateurs, souvent des Directeurs ou des cadres supérieurs, de travailler sur l’organisation des activités et des structures. Si vous en êtes, vous êtes aux premières loges. Sinon attendez les informations officielles ou les sollicitations. Inutile de fantasmer et interrogez-vous plutôt sur votre situation personnelle et professionnelle.

Une fusion/acquisition n’est pas un drame en soi. Il est indispensable néanmoins d’anticiper qu’un nouvel environnement professionnel va venir où vos repères actuels seront transformés plus ou moins radicalement. Vous allez entrer dans un nouveau monde qui ne sera pas celui dans lequel vous êtes aujourd’hui. Les cabinets de conseil font souvent référence au processus de deuil que chaque collaborateur devra passer. Ça peut paraitre excessif et pourtant cela y ressemble vraiment !

C’est donc le moment d’évaluer votre situation personnelle. Les fusions/acquisitions touchent souvent aux fondamentaux de votre vie. Les bonnes questions à se poser : suis-je prêt à déménager ? À augmenter mon temps de trajet ? à vendre ma maison ? à retourner en formation avec des cours le week-end ? à voir mon travail déborder sur ma vie privée ou au contraire à lâcher un peu du leste avec mon travail ? Chacun a bien sûr sa réponse individuelle car il est question de l’intime.

C’est aussi le bon moment pour apprécier votre situation professionnelle. Les DRH peuvent vous conseiller un bilan de compétences. Mais bien souvent la bonne chose à faire est de questionner ses envies comme par exemple : changer de Métier ? tenter une expérience à l’étranger ? lancer sa propre affaire ? Avoir plus de responsabilités ou en avoir moins ? préserver son expertise avant tout ?…

Au clair avec vous-mêmes ? Il vous reste à estimer le rapport de force qui se profile entre les structures ou les entreprises qui vont connaitre les chocs successifs du bouleversement, de la mutation de leurs fondamentaux et de la métamorphose vers une nouvelle entreprise. Certains aspects ne sont pas aisés à anticiper comme la nature du management futur, le climat social, l’image et l’éthique de la nouvelle structure. En revanche, vous pouvez rapidement évaluer les impacts probables sur votre activité : où sera-t-elle exercée ? quel est le niveau d’expertise et de performance attendu ? est-elle en doublon ? Est-elle au cœur de la stratégie à venir ou risque-t-elle d’être arrêtée ou revendue ? etc…

A ce moment vous êtes normalement armés mentalement pour vous adapter à la nouvelle situation à venir. 

Premier moment clé : la publication du premier organigramme

J’ai l’habitude de dire que les organigrammes sont des produits frais car en général il suffit qu’ils soient publiés pour être…obsolètes ! En tout cas, la première publication marque la fin de la période grise et (enfin) les travaux avec vos nouveaux collègues vont pouvoir commencer.

Pour un observateur attentif, ces premières réunions des verts avec les jaunes ou des bleus avec les rouges, sont des grands moments de comédie humaine. Certes vous y retrouvez les dominateurs qui veulent gagner la guerre, les byzantins à la diplomatie douteuse, les déçus, les farouches…mais surtout vous trouverez des hommes et des femmes de bonne volonté. C’est eux qui formeront le creuset de l’entreprise à venir peu importe la couleur de leur maillot.

Si vous décidez de partir faites-le vite

Une fusion/acquisition est une occasion idéale pour réorienter sa carrière. Si le projet, tel que vous l’avez compris, ne répond pas à vos aspirations (que vous aurez pu identifier pendant la période grise ci-dessus). Vous avez deux chances : un argument béton car tout le monde comprendra le besoin de changement dans votre contexte et une DRH en générale mobilisée avec un dispositif d’aide à la mobilité (voire plus) qui accompagne en général les opérations de fusion/acquisition.

Si vous pensez mieux valoriser vos compétences ailleurs ou lancer votre projet de création entreprise  ou d’expatriation, c’est le moment et ne trainez pas. Votre démarche est logique et comprise.

Si vous décidez de rester, soyez positif et rendez-vous utile

Toujours vous dire que vous avez le choix et que si vous êtes resté c’est que vous l’avez décidé. Rien de pire de se sentir prisonnier dans son entreprise. Les « faut bien vivre », « j’ai une famille à nourrir », « je suis trop vieux pour bouger », etc… sont des propos respectables mais aident-ils vraiment à se sentir bien quand il s’agit de passer le matin le seuil de son entreprise ? Pour ma part, je ne le pense pas. Il est primordial d’être positif pour faciliter votre adaptation.

La décision de rester peut être facilitée pour les personnes qui finalement ont peu d’impacts sur leurs activités dans la nouvelle entreprise. C’est heureusement la majorité des collaborateurs.

Pour les autres en doublon sur leur fonction ou dont l’activité va être supprimée, j’ai une bonne nouvelle : suite à une fusion/acquisition l’entreprise est désorganisée, le travail est mal réparti (surcharge pour certains services, rupture de charge pour d’autres), des missions ou tâches existent que personne ne veut prendre comme la sanctuarisation d’activités. La transversalité est en souffrance, reconstruisez-la. Enfin, si vous avez l’altruisme bien développé, il faut aider les autres, qui n’ont pas fait leur deuil, à retrouver le sens stratégique de l’entreprise. Vous l’avez compris, le travail ne manque pas mais en général il faut se manifester car le réflexe des directions générales est de confier ces missions à des cabinets externes.

Quelques conseils complémentaires…

Un peu en vrac quelques conseils complémentaires :

  • Dans les fusion/acquisition 1 + 1 ne font pas 2 entreprises mais une nouvelle entité
  • Considérer immédiatement vos collègues « d’en face » comme faisant partie de votre équipe même s’ils étaient vos concurrents dans le passé – faire rapidement cause commune
  • Intégrer que tous les collaborateurs sont perturbés (même les directeurs !!) – vous n’êtes pas le seul à être inconfortable dans l’entreprise
  • Souvent les organigrammes se succèdent, en tout cas le premier est rarement le bon !
  • Si vous envisagez une mobilité et que vous êtes dans une entité importante, il est utile de regarder les opportunités intra-groupes. Les grandes entreprises ou les grands groupes recherchent des profils transverses et passer d’une entité à l’autre est un excellent moyen pour développer cette compétence.
  • Si vous passez d’une entreprise petite ou moyenne vers une entité plus importante, attendez-vous à avoir une activité moins large mais plus profonde dans l’expertise et les moyens. Une erreur fréquente est d’analyser cette situation comme une diminution de vos responsabilités alors que c’est juste lié au changement de taille et de paradigme. Je me rappelle un responsable de back-office « toutes opérations » qui vivait très mal de devenir responsable du back-office Crédit quand bien même le nombre d’opérations, les montants financiers et le nombre de collaborateurs dépassaient très significativement son poste précédent !!
  • Restez fiers de ce que vous avez fait si ça donnait satisfaction à votre employeur. Les circonstances vont peut-être faire tomber une avalanche de critiques sur vos méthodes, ne pas chercher à vous justifier ou à prendre personnellement ces attaques. Il faut éviter toute paranoïa et garder à l’esprit que les cartes sont en train d’être redistribuées.
  • Ne pas faire de complexe. Quand les changements sont importants, les « vedettes » d’hier ne seront pas forcément celles de demain. J’ai vu des stars dans leur domaine perdre pied dans un nouvel environnement ! (Comme au foot quand un joueur change de club)

…et les quelques signes qui trahissent que vous n’avez pas digéré

Pour finir, si vous vous reconnaissez dans les comportements ci-dessous, c’est qu’il vous reste encore du chemin à parcourir avant de revenir à une certaine sérénité professionnelle :

  • Parler trop souvent et avec une nostalgie un peu pathétique de votre ancienne entreprise, de vos anciens projets
  • Expliquer que ça ne marchera pas parce que dans votre ancienne structure ça a été testé et que ça ne marchait pas
  • Vous présentez en commençant par « je suis un ancien de l’entreprise xxx »
  • Et évidemment ne pas être loyal et « corporate » avec votre nouvel employeur

J’espère que ce billet vous sera utile pour réussir une période professionnelle toujours stressante car elle plonge chacun dans l’inconnu mais ne garder à l’esprit que le pire n’est jamais certain 🙂

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Crédit photo : extrait de l’article de 2013 sur la reprise des fusions acquisitions

© Ecrit par Jean Méance et publié sur LinkedIn en mai 2019

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