La chose, son prix, SMIC et gilets jaunes

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Qui connait le prix moyen de la baguette de 250 g en France ? Il est de 0,87 €. J’imagine bien toute la chaîne de valeur qui va de l’épi de blé à la tartine que je tiens dans la main. La moisson, le stockage du grain, l’entretien des silos, les minotiers, le boulanger sont des coûts qui justifient dans mon esprit le prix de la chose et je ne me pose plus de question.  Que ce prix évolue avec l’inflation de façon marginale passe en général inaperçu mais que soudainement il explose et la relation entre la chose et son prix est cassée et les conséquences sont imprévisibles.

C’est bien ce qui s’est passé à l’origine du mouvement des gilets jaunes. La taxe prévue sur le carburant a modifié la relation de la chose et son prix sur un bien de consommation indispensable. Cela fait des années que tous les gouvernements de droite et de gauche ont transformé l’automobile et les automobilistes en un cheptel de vaches à lait qui semblait inépuisable jusqu’à ce que le prix ne soit plus en adéquation avec la chose dans l’imaginaire collectif. 

Sur cette lancée, les revendications sur le pouvoir d’achat sont montées en flèche. Je note d’ailleurs qu’il s’agit surtout de revendications pour gagner plus d’argent ou de réduire les taxes. Je n’ai pas entendu beaucoup de débat sur les prix pratiqués par les distributeurs de produits de consommation. 

Restons sur la question des revenus. Prenons l’exemple du SMIC. A l’origine, la chose et son prix étaient équilibrés car par construction ce salaire minimum avait été calculé sur la base du budget type d’une personne célibataire vivant en région parisienne. Mais là nous sommes en 1950. Le SMIG devenu SMIC a d’abord connu une période heureuse jusqu’au gel des salaires de 1982. Puis sont passées les mesures conséquentes au passage des 35h, la fin des coups de pouce etc… et surtout le SMIC est devenu un taux horaire symbole de la non-compétitivité des entreprises françaises. On ne parle plus que de prix et la chose d’origine a été perdue complètement de vue. Quand notre Président  décide d’augmenter de 100 € le SMIC, il agit sur le prix mais qu’elle est la chose qu’il imagine ? 100 € d’un point de vue financier ce n’est pas rien rapporté au nombre de personnes qui en bénéficient. Mais que sont 100 € de plus sur le budget type d’une personne célibataire vivant en région parisienne ? Certains trouveront que ça permet de payer des charges comme le pass Navigo quand d’autres trouveront cette somme ridicule en face de leur mode de vie influencé par les sollicitations marketing de toute sorte.

La France est un pays où il est quasi impossible de parler d’argent raisonnablement. Le rapport à l’argent est complètement biaisé par l’absence de transparence. Bien sûr, des tableaux de rémunération ou des études sur des salaires moyens sectoriels permettent d’avoir une idée mais franchement qui peut dire qu’il connait exactement le revenu de son voisin ? C’est notre culture. Mais admettons que dans les situations de tension fortes comme actuellement, les pauvres trouvent les riches trop riches et les riches trouvent les pauvres…pas si pauvres.

Dans les milliers de débats qui vont s’ouvrir dans les mairies, la question du pouvoir d’achat sera centrale. Elle va conduire chacun à se reposer la question de la chose et son prix. Quels revenus pour quelles dépenses ? Pour les revenus, prenons le cas des salaires. Le marché du travail, comme son nom l’indique, est un marché de l’offre et de la demande, où le salaire est souvent la résultante de la rareté de la compétence sur le marché et de l’ancienneté qui a pour conséquence qu’un programmeur informatique a en moyenne un revenu deux fois supérieur qu’un infirmier. On peut le dénoncer, le regretter mais c’est un fait et ni l’informaticien ni l’infirmier ne sont responsables de cette situation. Pour les dépenses, c’est un questionnement direct sur le mode de vie individuel et collectif qui est remis sur la table dans une société en pleine mutation face aux défis écologiques et numériques.

Finalement ce mouvement des gilets jaunes a au moins le mérite d’imposer à chacun une introspection sur les choses qui nous paraissent importantes et le prix qu’on est prêt à y mettre. Ne parler que des choses génère l’utopie, ne parler que des prix génère une société comptable et totalitaire. La démocratie est juste entre les deux !

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Crédit photo : photo de la revue Challenges sur fond de gilet jaune

© Ecrit par Jean Méance en décembre 2018

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