La coupe du monde de football pose la question du renouvellement des cadres et démontre les bénéfices d’un échec cuisant

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La coupe du monde 2018 en Russie est généreuse en images fortes et rend propice la réflexion sur le management des projets et des entreprises.

Je veux parler aujourd’hui des éliminations précoces d’équipes pourtant favorites avant le début de la compétition : l’Allemagne, l’Espagne et l’Argentine. Elles ont toutes échoué pour les mêmes raisons : leurs cadres étaient fatigués. Fatigués physiquement mais surtout moralement. Le visage perdu de Lionel Messi, le regard incrédule de Thomas Müller ou les larmes de Sergio Ramos, l‘un des joueurs les plus durs (pour ne pas dire cruel) au monde, toutes ces réactions sont autant de manifestations de la consternation suivi de l’accablement de leaders pourtant sûrs de leurs forces pour atteindre leur objectif : gagner la coupe du monde. L’équipe de France, après avoir successivement gagné la coupe du monde en 1998 et la coupe d’Europe en 2000, a connu aussi le même désenchantement en 2002.

Toutes ces équipes ont en commun d’être de grandes équipes reconnues depuis longtemps, d’avoir dans un passé récent remporté des titres majeurs ou participé à des finales. De plus, elles comptent dans leurs rangs des leaders incontestés, joueurs et/ou entraineurs et elles sont sûres de leur projet de jeu et de leur capacité à atteindre leur objectif. Et pourtant aucune n’ira au niveau des quarts de finale, pallier minimum en deçà duquel la campagne d’une phase finale de coupe est un échec pour des équipes de ce calibre.

Que s’est-il passé ? Mon explication sur ces incidents de parcours, qui ne sont pas sans conséquences financières pour les sponsors, est qu’ils sont la conséquence d’un renouvellement trop tardif des cadres. Cela passe par l’entêtement de toujours faire confiance aux mêmes joueurs qui eux-mêmes s’enferment dans la même organisation, celle-là même qui les a fait gagner précédemment. Personne ne relève les signes avant-coureurs de la catastrophe : la réussite qui commence à vous fuir, les matchs de plus en plus difficiles à gagner car l’adversaire semble avoir trouvé la parade et enfin les premières contre-performances mais à ce stade le sentiment que ce n’est qu’un moment à passer domine et le groupe reste dans la conviction de s’en sortir comme précédemment. La suite on la connaît : l’élimination sur un match couperet qui reste incompréhensible encore pendant de longues heures après que le public ait vidé les travées du stade pour remplir les pubs et cafés environnants…

Le sujet du renouvellement des cadres est un véritable casse-tête. Renouveler trop tôt c’est faire le pari que le talent et la jeunesse suffiront à combler les erreurs grossières inhérentes aux débutants. Ce pari les équipe du Sénégal et du Nigéria l’ont pris…sans succès. Renouveler trop tard c’est faire le pari que ce qui a marché avant doit continuer à fonctionner avec les mêmes. C’est aussi prendre le risque de la lassitude mentale des leaders, de leur manque d’agilité pour changer de plan de jeu quand les choses tournent mal et finalement de voir se révéler en plein jour les scléroses d’un modèle qui ne fonctionne plus.

Si on regarde le dernier carré des équipes encore en lice 3 équipes sur 4 : la France, la Belgique, la Croatie ont des profils similaires : elles ont des groupes harmonieux avec des cadres expérimentés et des jeunes pousses qui seront normalement appelées dans quelques années aussi à reprendre le leadership. Le rôle des cadres est essentiel pour relayer sur le terrain le projet de jeu et faire de l’équipe  « une bonne femelle » (voir mon article De la bonne femelle à l’alignement stratégique).

Ce dernier carré, et là j’inclus l’Angleterre dans le propos, ont aussi en commun d’avoir subi des échecs cuisants : la France perd SON championnat d’Europe en 2016 en finale contre le Portugal, la Croatie a été éliminée par le même Portugal, pourtant moribond, et dans cette même compétition la Belgique a été ridiculisée par le Pays de Galles. Quant à l’Angleterre on ne compte plus les désillusions depuis…1966. Ces équipes ont analysé leur échec et sont reparties sur les meilleures bases. Pour toutes ces équipes, être dans le dernier carré était l’objectif. Gagner la coupe du monde reste la cerise sur le gâteau. Ces équipes rentreront toutes au pays avec le sentiment du devoir accompli.

Faut-il obligatoirement connaître l’échec pour réussir ? L’Allemagne a démontré le contraire pendant de nombreuses années. Ce qui fit dire à Gary Lineker : « Le football est un jeu qui se joue à onze contre onze, et à la fin, c’est l’Allemagne qui gagne. » Les allemands avaient trouvé la recette pour justement renouveler les cadres au bon moment. Il y a eu l’ère de Beckenbauer puis Breitner puis Rummenige puis Mathaüs etc… Le changement des cadres faisait évoluer l’organisation et le projet de jeu tout en s’appuyant sur les valeurs inaltérables de la rigueur, du collectif avant l’individuel, de l’engagement physique et de l’honneur à porter le maillot. L’Allemagne a également montré que renouveler les cadres n’était pas jeter les cadres par la fenêtre. Tous ces grands noms ont pu trouver de nouvelles responsabilités à la hauteur de leur talent et de leur expérience. Je suis certain que l’Allemagne n’a fait qu’égarer cette recette et reviendra très forte à la prochaine compétition.

En conclusion, bien gérer le renouvellement des cadres et effectuer un rebond positif après un échec sont en 2018 les deux mamelles de la réussite en coupe du monde. Probablement à méditer à l’heure de la transformation profonde subie par les entreprises et à la mode du « failed fast » où l’échec est valorisé notamment dans le monde des start-ups.

© Ecrit par J.Méance en juillet 2018

PS : la une de Bild qui a repris le même titre « Ohne Wort » – « Sans Mot » (que je traduirais d’ailleurs plutôt par « A couper le souffle ») pour la victoire contre le Brésil de 2014 et la défaite contre la Corée du Sud de 2018 – c’est mon hommage à ce geste de génie de la rédaction – on peut être supporter de l’Allemagne, déçu et inspiré !

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